Didier Varrod revient sur l’album le plus vendu en 2019, devant Johnny Hallyday, Nekfeu et Aya Nakamura. Plus de 700 000 albums. Il s’agit d'Angèle et de son premier opus "Brol".

Angèle, autrice-compositrice-interprète, instrumentiste et productrice, aux Victoires de la Musique, le 14 février 2020, à Paris.
Angèle, autrice-compositrice-interprète, instrumentiste et productrice, aux Victoires de la Musique, le 14 février 2020, à Paris. © AFP / Alain JOCARD

En février dernier, Angèle clôturait sa tournée à Paris avant d’espérer retrouver son public pour les festivals d’été. Depuis, le confinement mondial dû au Covid-19 a changé la donne. 

L’occasion pour Didier Varrod de revenir sur cet incroyable phénomène et de nous donner des nouvelles d’Angèle.

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Ce sont les dernières douces nouvelles d’Angèle, en musique, c’était vendredi dernier, pour un concert confiné qu’elle a donné pour presque 20 000 connectés sur le réseau Instagram.  

Née de la matrice souvent très « moins disant culturel » des réseaux sociaux, Angèle du haut de sa fausse candeur, a su donner du sens à ces nouveaux vecteurs de communication qui souvent poussent à la réduction systémique du discours. 

Être de son temps et se donner les moyens de l’observer, en faisant don de sa capacité d’autodérision. Telle est Angèle, douée aussi d’une certaine forme de dextérité, dans sa façon de réenchanter l’engagement et bien sûr le féminisme.

Tout artiste rêve de marquer son époque en chanson. Angèle, ou comment balancer une chanson sans hashtag, mais avec l’efficacité lapidaire d’un slogan social. 

En 1986, les refrains de Renaud et Goldman étaient repris dans les manifestations contre la loi Devaquet et contre les violences policières symbolisées par la mort de Malik Oussekine. En 2020, Balance ton quoi est devenu l’hymne des manifestations contre les violences faites aux femmes. Et le tract musical de la lutte des avocats contre la réforme des retraites.

Angèle, en fait, c’est la révolution de velours appliquée à notre époque. Un programme commun d’une douce rébellion contre le harcèlement sexuel, la société de consommation, le désastre écologique, la soumission aux réseaux sociaux. 

C’est peut-être un détail angélique pour vous, mais cela veut dire beaucoup. Miroir d’une jeunesse en quête de considération, elle balance entre la génération Thumberg et celle des "Ok boomer", dont le cahier des charges est de démontrer aux adultes condescendants qu’ils ont tort de se moquer d’une forme d’angélisme politique. Et qu’ils vont précisément s’employer à réussir là où leurs ainés ont échoué.

En réinvestissant précisément le champ des possibles de l’utopie, Angèle chante qu’il n’est pas si compliqué d’être heureux. Ce qui ne l’empêche pas parfois de vivre son métier de façon plus complexe. 

Elle n’hésite pas à brocarder Paris Match pour sexisme, alors que l’hebdomadaire la met en couverture sans lui demander son avis. Le poids des mots et le choc des photos, contre une Angèle accusant le journal de la caricaturer en jeune fille bien rangée, habillée en rose mais qui ose donner son avis. 

Elle tacle aussi Cauet, animateur vedette de la radio musicale la plus puissante, NRJ que les artistes ne se risquent jamais à critiquer. Cauet regrette qu’elle ne participe pas à son radioton sur le Covid-19, elle lui rétorque qu’elle préfère d’autres manières de manifester son soutien aux hôpitaux. 

C’est tout Angèle, dont le prénom signifie ange et messagère à la fois, et qui évoque aussi sans détour l’homosexualité dans Ta reine

En version symphonique dans la réédition de son album, elle nous émeut encore plus. Angèle, Voltairienne qui s’ignore : 

La fermeté est l'exercice du courage de l'esprit : elle suppose une résolution éclairée.

Angèle - "Brol" - Label : Angèle VL

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