Voici donc le grand retour de l’auteur/compositeur/interprète Alex Beaupain, qui publiera à l’automne son 6ème album studio, mais qui revient d’ores et déjà avec un premier titre, en prélude de ce nouvel opus.

 Portrait de l’auteur, compositeur et interprète Alex Beaupain.
Portrait de l’auteur, compositeur et interprète Alex Beaupain. © AFP / Julien Paquin / Hans Lucas

Et sans présumer d’un engagement politique précis d’Alex Beaupain à gauche, il se trouve que le chanteur entretient avec la date du 10 mai, jour donc du lancement de son nouveau single, un lien particulier. 

Bien sûr, on connait les chansons de la bande originale du film de Christophe Honoré « Les chansons d’amour », mais la première chanson qui a imposé Alex Beaupain en tant qu’auteur compositeur interprète c’est : « Au départ » qui s’inspirait de la victoire de François Mitterrand un certain 10 mai 1981...

Pour parvenir à en faire un parallèle génial avec une histoire d’amour. Au départ, il y a évidemment l’émerveillement, la croyance que tout sera toujours beau, que l’amour se conjuguera avec toujours, pour la vie. Puis vient le temps des désillusions et des renoncements. 

Et comme nous sommes le 10 mai, je ne résiste pas au plaisir de vous faire réécouter ce premier succès d’Alex Beaupain.

Cette chanson d’Alex Beaupain a été publiée en 2011, et dont la version instrumentale deviendra même la bande son des meetings du candidat François Hollande en 2012, ce qui prouve aussi que souvent les chansons ont parfois une vertu médiumnique, sachant comment s’est achevé le quinquennat du président élu. 

Alex Beaupain dont on peut dire qu’il est doué d’une inspiration foisonnante, puisqu’en 2018 on l’a retrouvé auteur/compositeur et producteur du premier album de la comédienne Françoise Fabian qui a donc fait ses débuts de chanteuse à 84 ans.

L’occasion aussi pour Alex Beaupain, d’être à sa juste place dans l’un de ses exercices favoris. Une sorte de super metteur en scène discographique des comédiennes, tailleur pour dames sur mesure, chef opérateur d’une lumière inattendue qu’il trouve chez des actrices, révélant souvent un tremblement de l’émotion dans un chant qui se découvre.

Mais revenons à l’actualité du jour pour Alex Beaupain. Et étrangement c’est comme si la politique semblait à nouveau rattraper le chanteur puisque ce nouveau titre que nous allons découvrir maintenant est inspiré cette fois d’un slogan de mai 68.

Son titre « Cours camarade » nous rappelle la suite, à savoir : « le vieux monde est derrière toi ». C’est effectivement l’une des injonctions politiques qui fleurissait sur les murs de Paris et qui est le point de départ de l’inspiration de la chanson.

Alex Beaupain avait créé cette chanson à l’occasion de l'émission Foule sentimentale consacrée au 50 ans de mai 68, où six artistes  avaient pour mission d’écrire une chanson inspirée précisément de ses slogans de mai 68 pour les réactualiser.

Des slogans qui étaient en fait un peu les ancêtres des graffitis. On dirait aujourd’hui qu’ils sonnaient comme des punchlines de chanson. Ils étaient souvent poétiques, surréalistes, dadaïstes, mais Alex Beaupain lui, a choisi de partir d’un slogan plus purement et spécifiquement politique. On y entend cette course un peu désespérée contre la réaction et contre l’oppression d’une société qui vieillit. 

Et soudain, par la voix fataliste de Beaupain et ses mots qui claquent comme un devoir d’inventaire, le slogan nous rattrape et la chanson nous saisit par son extraordinaire acuité. Tout le monde rêve d’un nouveau monde et le revendique. Les prophètes du dégagisme, qu’ils soient encartés ou gilets jaunes, donnent à ces mots pourtant libres de toute corporation, une étonnante actualité. Mais la chanson ne peut pas se réduire pour autant à un poing levé en double croche. Par la voix nostalgique de Beaupain, par la grâce des arrangements de Sage et de Superpoze, on y entend une photo simplement  sidérante de notre époque. 

Alain Souchon disait que la chanson est une caresse sur la joue. Jacques Attali lui disait qu’il n’y a sans doute rien à espérer de l’avenir. Beaupain pour le coup davantage Houellebecquien, semble nous dire que si l’écriture ne soulage guère, elle retrace, elle délimite et elle introduit un soupçon de cohérence, l’idée d’un réalisme. Un réalisme poétique, pour une chanson désarmée, désarmante et utile à la fois. Une chanson qui connait son époque .

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