Il y a un an, le 7 janvier 2018, France Gall disparaissait. L’occasion de revenir sur la carrière de cette icône de la chanson française avec le livre que lui consacre Jean Éric Perrin "De baby pop à résiste"

France Gall
France Gall © AFP

Scène vécue dans un taxi londonien le soir du réveillon de la Saint Sylvestre cette année. Un titre de Lady Gaga enchaîné avec « Laisse tomber les filles » chanson de France Gall écrite par Serge Gainsbourg et sortie en 1964. 

Nul doute que d’écouter France Gall à la radio au pays de la pop, renvoie instantanément à Gainsbourg et son désir vibrant d’être reconnu outre-manche, ce qu’il sera avec « Je t’aime moi non plus » en 1968, et à celui de Michel Berger qui avait du mal à saisir le mépris de ces mêmes anglo-saxons avec lesquels il tentait de rivaliser, précisément avec France Gall ou d’autres dans les années 1980. Et dont le succès de la version internationale de Starmania le vengera un peu post-mortem.

Mais revenons à France Gall disparue il y a un an avec l’aide du précieux Jean-Éric Perrin qui lui consacre donc un ouvrage, De baby pop à résiste. Dans l’introduction de ce livre, il écrit :

Comme Picasso, ce vieux monsieur en marinière qu’elle croisait parfois lors de ses vacances familiales à Valauris, France Gall a eu ses périodes...

Et d’en dénombrer au moins deux : 

  • la rose, celle des années 1960 
  • puis la bleue correspondant à la fin des années 1970 et des années 1980

Sans faire offense à Jean-Eric Perrin, j’en rajouterais au moins une.... Noire, très noire, qui couvre en fait la période de la fin des années 1960 jusqu’à sa rencontre avec Michel Berger. Ce sont les années où France n’est l’objet que de mépris et d’insuccès alors qu’elle continue de chanter. 

D'abord, la période rose

Celle où elle chante comme l’écrit Jean-Eric Perrin :

des stupides chansons bonbon savamment orchestrées par Alain Goraguer et de temps en temps écrites par Serge Gainsbourg

France Gall, dès ses débuts, doit lutter contre celles et ceux qui veulent faire d’elle une sorte de Sheila blonde, à coup de Sacré Charlemagne, décalque de L’école est finie, ou de tubes sans lendemain comme Mes premières vacances, suite du slow à la gomme Pendant les vacances de la chanteuse à couettes. 

Heureusement, dès 1964, Serge Gainsbourg voit en elle une image à peine floutée de la Lolita de Nabokov au pays des yéyés, dessinant peu à peu le profil d’une icone transgressive, à l’instar d’une manipulation trotskiste, consistant à faire de l’entrisme sulfureux dans un monde de bétas. N’écoute pas les idoles, Poupée de cire poupée de son et bien sûr Les sucettes à l’anis - sommet du genre - donnent à France Gall une image de paradoxe français. 

À côté de cette facette bipolaire, il y a le jazz, tropisme familial et genre affûté pour la voix de France, qui comme celle de Véronique Sanson à l’époque, s’identifie au groupe Double Six. Cela donne quelques petites perles dont l’inaltérable Jazz à gogo, une chanson où l’on retrouve des grands musiciens de jazz à la manœuvre dont Eddy Louis qui accompagnait aussi Nougaro. 

Puis vient la période noire de France Gall, une période qui commence en 1967

Quelques joyaux encore, comme le Bébé requin signé pour elle par Joe Dassin, un dernier succès avant la traversée de l’oubli, composée de chansons inutiles et de collaborations qui sur le papier devaient faire mouche et qui seront ratées. 

Il y a aussi quelques perles qui font passer France Gall aujourd’hui pour la reine de la chanson nouvelle-vague indie, comme Zozoi que l’on pourrait imaginer produite par Bertrand Burgalat.

France Gall cherche, se cherche et trouve parfois son salut dans un succès étonnant en Allemagne, qui la rapproche malheureusement du courant dominant outre-rhin. Le "shlager style" qui fait de la musique pop un style pompier pour fête de la bière.

France Gall est prête à raccrocher. Elle ne cherche pas le prince charmant qui viendrait la sauver. Pourtant il ne va pas tarder à venir. Et c’est sûrement à l‘écoute de quelques-unes de ses tentatives avortées comme avec Plus haut que moi où France adapte un standard de bossa brésilien et montre tout l’étendue de son talent d’interprète. 

Enfin, il y a la période bleue : celle du succès retrouvé et de la complicité amoureuse et artistique avec Berger

Des tubes à la pelle. Cette période est aussi la bande son d’une France musicale qui fait passer la variété française dans une autre division plus proche du son de la pop anglaise de ces années-là. C’est aussi une France, un pays qui bascule des déçus du "giscardisme" à l’espoir "mitterrandien". La France des nouvelles technologies, de l’idéal européen, et de la conscience alter mondialiste. Berger et Gall en sont les porte-voix. 

Mais c’est toujours dans le secret d’une face B que l’on trouve la raison d’être pour l’interprète Gall. Ce que Chamfort dit d’elle : 

le personnage, la fantaisie, l’humour, l’espièglerie et le côté un peu capricieux

Ajoutez à cela un romantisme à la française qui nous convaincra pour toujours qu’elle s’était choisi un prénom parfait.

France Gall c’est donc maintenant un livre, De baby pop à résiste, aux éditions GM et signé Jean-Eric Perrin.

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