Ce matin nous revenons sur la sortie, il y a 15 jours, du tout nouveau titre de Stromae intitulé « Défiler ». Une chanson qui est aussi la bande originale du défilé de sa collection de vêtement « Mosaert » que le chanteur a monté avec sa compagne Coralie Barbier.

Stromae et Coralie Barbier au défilé Mosaert en avril 2018 à Paris
Stromae et Coralie Barbier au défilé Mosaert en avril 2018 à Paris © Getty / Foc Kan

Ce titre parachève en fait le travail de la multiplicité des identités de Stromae. Stromae est aussi Paul Van Haver, il est désormais Mosaert qui n’est autre qu’une anagramme de Stromae. C’est surtout une façon déguisée, habillée, structurée, de revenir à la chanson sans être de plein pied dans le vacarme assourdissant d’un retour trop attendu. Ainsi avec cette chanson hors format, d’une durée de 9 minutes et non éditable, Stromae encore sonné par les trompettes de la renommée, peut se replonger dans son récit personnel sans être soumis au diktat de la performance. 

Une chanson en forme de triptyque, qui malgré tout, veut dire beaucoup. Premier volet du texte : Stromae tout en utilisant la terminologie de la couture et des contraintes du défilé du mode, fait une variation assez réaliste autour du même thème : celui de la marche. Une marche pas macronienne, et le moins que l’on puisse dire c’est que l’on retrouve un Stromae interrogatif, qui implore le sens de la marche, de la bonne démarche à suivre pour bien vivre. On est loin du marche ou rêve. Ici c’est plutôt marche ou crève...

On le sait, le chanteur revient de loin, puisqu’il a été victime d’une sorte de burn out. Il y a eu certes les 200 concerts en deux ans, une célébrité internationale hors norme, mais surtout lors de sa tournée africaine, la prise d’un médicament, le Lariam, un antipaludéen qui a été un élément déclencheur de graves problèmes de santé qui a nécessité une vraie mise au vert. Et qui a permis aussi au chanteur de prendre du recul, de ne pas devenir sa propre caricature. De revenir à l’essentiel, d’être au service d’autres artistes notamment en réalisant des clips pour Yaël Naim, Major Lazer ou le film officiel de la candidature de Paris aux JO de 2024.  

C’est aussi en posant la lumière sur celles et ceux qui en avaient peut-être besoin qu’il a retrouvé le sens de son métier. Stromae produit un titre de Vitaa, redonne vie à Disiz, co-compose la chanson « Dommage » pour le tandem Big Flo et Oli, produit « Tout va bien » pour Orelsan et chante le refrain de « La pluie » énorme dernier tube du rappeur caennais.

Travail d’humilité, d’altérité, Stromae semble avoir eu besoin de ce sas de décompression pour se retrouver. C’est aussi ce sentiment que l’on retrouve dans ce titre de 9 minutes de Stromae. Notamment dans sa deuxième partie. Puisque le chanteur se livre ici sur ses doutes, son avenir, sa place après un tel tsunami de succès.  

Et si je voulais je pourrais même m’arrêter, faire machine arrière. Pourquoi j’ai peur d’être dépassé ? Par qui et par quoi ? 

On retrouve le son Stromae, ce mélange de puissance de la danse qui pense toujours dans le sens de la hauteur. Et puis vient le troisième volet de la chanson. Celui où Stromae écrit sur le thème de la beauté. Un thème qu’il traite dans une sorte d’étrange mise en abime. Stromae semble s’interroger sur les pouvoirs dominants de la société du paraitre. 

L’argent pourrit les gens et il les rend beau en même temps. C’est fascinant... 

L’identité par l’image a tout perverti puisque avant d’apprendre un métier, il faut d’abord apprendre à retoucher la photo d’un cv. 

Cette troisième partie de la chanson est dure, voire cruelle. Stromae semble dubitatif devant cette inégalité qui perdure face à la beauté. Constat intéressant pour celui qui a joué aussi avec son identité, et qui depuis ses débuts a réussi à se forger plusieurs archétypes masculin. Du frêle roseau chaplinien des débuts, au symbole triomphant de la puissance africaine à travers le wax, le tissu africain symbole d’un nouveau multiculturalisme hybride, jusqu’à aujourd’hui ou Stromae revient avec un visage plus rond, un corps plus charpenté et paradoxalement une féminité plus assumée, parce que plus visible. Miracle de l’amour. ? Quoiqu’il en soit Stromae n’a pas perdu la verdeur de sa plume pour dessiner des portraits sans concession de son époque

C’est aussi le mérite de Stromae, celui de nous faire réfléchir en musique. Et de nous renvoyer à ce que disait Victor Hugo sur la beauté :

Aucune grâce extérieure n'est complète si la beauté intérieure ne la vivifie. La beauté de l'âme se répand comme une lumière mystérieuse sur la beauté du corps.

C’est bien ce qui se passe quand on voit Stromae

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