16 chansons choisies par l’artiste et qui souvent font écho à son enfance puisque cet album est d’abord peut-être un hommage au papa de Cali, qui aimait profondément Léo Ferré.

Le chanteur Cali
Le chanteur Cali © AFP / François Nascimbeni

Cali décrit son père comme une sorte de Lino Ventura taiseux, qui parvenait parfois à sortir de lui-même et à montrer ses larmes en écoutant les chansons de Léo. Cali fait ainsi revivre avec beaucoup d’émotion et de pertinence le tourne disque familial. Parfum de nostalgie, de mélancolie mais aussi d’éveil à la sensualité.

Cali n’évite pas de revisiter quelques-uns des plus grands succès de Léo Ferré : « C’est extra » mais aussi « Jolie môme », « Avec le temps » l’indispensable « Vingt ans » ou encore l’emblématique « Les anarchistes ».

Mais Cali, homme viscéralement libre, rend hommage au chanteur le plus indomptable de l’Histoire de la chanson hexagonale, pas seulement parce qu’il se sentait proche de la philosophie anarchiste. Léo Ferré était un artisan, un fidèle serviteur de la poésie, qui est entré en chanson pour en exploser tous les cadres de création. C’est bien ce que l’on ressent intuitivement à l’écoute de cette relecture libre. Cali ne ripoline pas pour offrir un coup de jeune au vieux lion. Il s’attaque au répertoire, montagne sacrée, avec la même liberté qui était celle de Léo Ferré. 

Cali déclare avoir enregistré 20 chansons en 5 jours dans des versions instantanées et fraîches avec pour seul mot d’ordre lancé à ses musiciens d’être irrespectueux en respectant les textes. Cela donne des versions d’un classicisme sidérant, comme dans la reprise de la chanson « L’enfance » qui résonne ici différemment lorsqu’on connait aujourd’hui l’histoire personnelle de Léo Ferré, qui fut abusé lors de son long séjour de huit ans au collège Saint-Charles de Bordighera tenu par les Frères des Écoles chrétiennes.

Cali reprend Léo Ferré, et en fait une lecture assez pop qui correspond à l’une des phases artistiques du poète, celle du début des années 70, celle où le groupe ZOO  travaillait avec le grand Léo pour l’un de ses albums majeurs « La solitude ». Cali s’inspire de cette collaboration pour donner à « Thank you Satan », chanson de 1961 un visage pop progressif magnifique qui s’accorde à la rage politique du morceau.

Cali chante Léo Ferré et va porter ce répertoire foisonnant sur scène. Notamment le 16 novembre au théatre Dejazet à Paris qui était comme la résidence secondaire de Léo Ferré où il donnait régulièrement rendez-vous à son public. Cali artiste à fleur de peau saura faire de chaque concert et de chaque interprétation un nouveau jour. A l’image de ce disque qui n’a pas voulu gommé ses imperfections et recèle quelques moments de grâce émotionnelle comme lorsque Cali reprend « Vingt ans », chanson qu’il a enregistré juste après avoir salué une dernière fois Jacques Higelin

L’âme des poètes ne ment jamais.

Ferré/ Cali c’est une histoire d’amour en mouvement perpétuel qui nous ramène à ce que disait Ferré : « il n’y a pas beaucoup de gens qui aiment ». Cali avec ce disque courageux et abrasif a trouvé le chemin de l’amour et ça lui ressemble.

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