Au moment où il est question d’opérer sa revue personnelle des meilleurs albums de l’année 2018, ce deuxième opus de Flavien Berger ressort comme une évidence. Cette évidence qui est celle de notre époque qui précisément insuffle dans la musique ce vent d’hybridité où le champ des possibles s’est singulièrement élargi.

Flavien Berger, photo promo pour son deuxième album "Contre-Temps" !
Flavien Berger, photo promo pour son deuxième album "Contre-Temps" ! © Valérie Le Guern, Maya de Mondragon, Juliette Gelli

Flavien Berger réussit l’exercice intranquille de concilier l’immédiateté de la pop et la sensualité inné de la chanson d’amour avec un son ouvert, obsédant, et qui cherche toujours sa propre destination. Car chez lui, le chemin prime sur la finalité du travail. Mais avec une certitude : l’électronique et l’organique ne sont plus qu’une seule matière en mouvement. 

« Brutalisme », chanson inspirée du mouvement architectural qui se dessine sous les yeux de Flavien Berger, installé à Acapulco, alors qu’il achève sa tournée au Mexique. Mais avant tout chanson d’amour… Comme il y en a beaucoup dans ce disque divinatoire, mystique, voyageur, et quête à reculons contre le temps qui chez lui est définitivement circulaire

Album de chambre, proche de l’oreille, moins pudique que le premier dans son approche des sentiments. Et qui en profite pour faire chanter sa propre culture holographique.

« Maddy la nuit » c’était le deuxième extrait de cet album de Flavien Berger qui comporte 13 chansons. Flavien Berger visiblement est très attaché aux chiffres : 13 pour marquer le temps, comme le nombre de lunaisons. Et le 9, Flavien Berger le reproduit 9 fois pour baptiser l’un des titres d’une de ses chansons. Elle marque son aspiration à la vérité et à l’unité. C’est tout ce que raconte cet album, qui relie les territoires contrastées de la relation amoureuse au cosmos et à une forme de divin. Flavien Berger, enfant de l’image et des jeux vidéos a réussi le défi de ne pas produire une musique de geek. Dans une interview aux Inrockuptibles, il disait :

En écrivant le disque, j’imaginais un chevalier décadent qui court ou roule à fond après quelque chose. La voiture est vraiment le véhicule du disque. Je dis ça alors que je n’ai même pas le permis ! Mais je me sers beaucoup de ce fantasme. J’aime les paysages qui défilent.

Et les paysages défilent dans la voiture, avec le corps qui souvent tremble et transpire. Animalité et poésie distanciées se conjuguent parfaitement. Avec les bruits du dehors et du quotidien qui sont toujours là pour tenir en éveil l’alchimiste Berger. Il est à ce sujet, comme l’électron libre Jacques qui fait des objets du quotidien un orchestre de chambre. Flavien lui se plait à jouer des bruits de radiateur, d’interrupteur ou même, parait-il, de betteraves qui cuisent. Dit comme cela, il pourrait paraître seulement comme un Zébulon explorateur et mental. Or, Flavien Berger est profondément dans son corps et parvient à traduire ses recherches en romantisme charnel. 

C’est un archange de la transformation qui parle si bien de sa peur que l’autre, l’être aimé, puisse changer comme il l’exprime dans cette sublime chanson « Castelmaure », nouveau single extrait de son album.

L’hyper horloge de Flavien Berger a réussi à ne pas dominer ses recherches sur le temps. Flavien Berger est devenu un vrai grand chanteur charismatique, qui en plus a démontré à l’Olympia sa capacité à vibrer et faire vibrer son public dans une communion extrême. Dans 50 ans, il faudra écouter Flavien Berger pour saisir la complexité de notre époque. Et comprendre par là même, de quoi le futur serait fait. C’est donc un album, belle définition aussi de la modernité sans posture.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.