Stéphane Batlik publie son douzième album, et pourtant cet artiste atypique reste encore inconnu du grand public… mais pas des auditeurs de France Inter qui le suivent depuis quelques années au gré de quelques singles comme « Naissance de la poésie », « Le poids du superflu », « L’art des choix »…

« L’art de la défaite » pensé par Cioran et chanté par Batlik
« L’art de la défaite » pensé par Cioran et chanté par Batlik © Capture d'écran clip officiel/À Brûle Pourpoint/YouTube

C’est peut-être l’artiste indépendant le plus prolifique de la chanson française, puisqu’il a produit quasiment un disque par an depuis une quinzaine d’années. Il nous revient aujourd’hui avec un nouvel album intitulé « L’art de la défaite », en ayant, cette fois, pris plus de temps pour le concevoir puisqu’il s’est écoulé trois ans depuis le précédent (« XI lieux »). 

Batlik, originaire de la Seine-Saint-Denis, publie son premier album en 2004, autoproduit sur le mode associatif. A partir de 2007, il décide de créer son propre label « A brûle-pourpoint ». Par la suite, il refusera les nombreuses propositions de maisons de disques dont il dit : « ce que je reproche à l’industrie musicale, c’est d’être une industrie »

D’ailleurs, dans une de ses chansons (« L’indépendant » en 2010), il annonce clairement la couleur : « Je ne fréquente pas l’industrie du disque et ses petits soldats, je ne compose pas pour une multinationale, je compose pour moi ».

« Outrage », extrait de « L’art de la défaite », évoque un sujet qui revient assez régulièrement sur ses albums, celui de la vengeance ; en l’occurrence, ici, celle du règne animal sur le règne humain, de l’instinct sur la pensée. C’est la seule chanson de l’album qui échappe à la thématique générale du disque construite autour d’une phrase d’Émil Cioran, le poète et philosophe roumain qui a bouleversé sa vie, et dont Batlik a fait sienne la parabole : « Rater sa vie, c’est accéder à la poésie sans le support du talent »

Le chanteur est tombé amoureux des écrits et de la pensée de Cioran au point, dit-il, de se sentir plus proche de cet homme que de sa famille et de ses amis. Il est le fil conducteur de l’album. 

Chaque titre qu’il contient évoque une thématique abordée par Cioran : l’horreur et l’extase d’un couple, comment vivre avec philosophie la vie qui va être compliquée à vivre, le passage de l’enfance à l’âge adulte, etc… 

« L’art de la défaite », la chanson qui donne son titre à l’album, développe la phrase « Rater sa vie… » avec un texte sur la défaite, sur les rendez-vous qui n’ont jamais lieu et les « demi-tours sur soi »… 

L’album a été celui de toutes les catastrophes. Le chemin que Batlik a dû parcourir pour terminer ce disque fut parsemé d’embûches, de l’organisation de ses premiers spectacles jusqu’au tournage du premier clip « Avalanches » qui ne l’a pas satisfait, en passant par l’enregistrement de l’album qui s’est déroulé au milieu de marteaux-piqueurs. Finalement, Batlik a su transformer tous ces ratés en énergie positive. 

Précisons que les chansons de Batlik, bien qu’inspirées de Cioran, ne sont ni sombres ni pessimistes. On y retrouve tout ce qui fait le talent de Batlik, des textes ciselés, des mélodies peaufinées et une interprétation faussement nonchalante, accompagné par sa guitare, une batterie, une basse, des cuivres et des chœurs. 

Pour conclure, ce dernier aphorisme de Cioran que le grand-père de Batlik avait prononcé avant de mourir et qui sera le déclencheur de sa carrière de chanteur : « La musique est le refuge des âmes ulcérées par le bonheur »… 

Batlik: album « L’art de la défaite » (Brûle-pourpoint) 

Batlik est actuellement en concert en France et se produira à la Maroquinerie, à Paris, le 29 novembre. 

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