Le bleu du nouvel album de Keren Ann porte un "e" et se conjugue donc au féminin. Un album 100% français, qui sort aujourd’hui 15 mars, et compte dix nouvelles chansons.

Keren Ann sort aujourd'hui un nouvel album, "Bleue"
Keren Ann sort aujourd'hui un nouvel album, "Bleue" © Bouchra Jarrar

Bleue, comme la couleur de l’eau idéale d’une mer rassurante, comme la note des idées noires du blues, mais aussi comme le pigment qui teinte l’âme d’une traversée de la mélancolie. 

Auguste Renoir a dit un jour : 

un matin, l’un de nous manquant de noir, se servit du bleu. L’impressionnisme était né. 

Keren Ann, après avoir usé le noir des tourments de la séparation, de l’obscurité qu’engendre l’usure - que l’on dit naturelle - de l’amour dans le couple, a décidé de poser sa noirceur pour la transcender en douce lumière suggestive qui répare.

La chanson « Les jours heureux » qui ouvre le nouvel album de Keren Ann, lui a été inspirée par une sensation qu’elle désigne comme amniotique. Comme s’il s’agissait pour elle de partir de cette idée déjà développée dans son précédent album. De la mort et de la naissance qui se succèdent dans une sorte de même sentiment. Inspirer puis expirer. La vie c’est ça, dans toute ses extrémités. 

Et c’est aussi cette dangereuse mélancolie initiatique née de la conjonction de la protection et du danger de l’eau.  C’est aussi trouver dans l’élément liquide toutes les possibilités de vie qu’offre l’eau : l'eau jaillissante, l'eau des profondeurs et l'eau courante, qui oxygènent cette addition de petites morts réveillées par un folk soyeux.

Keren Ann qui a déclaré à propos de ce nouvel album :

il y a quelque chose qui est très lié à la femme auteur. Je me suis retrouvée plus proche de celles qui m’ont appris, que de celles qui m'ont inspirée.

Et Keren Ann a semble-t-il beaucoup appris du courage de Virginia Woolf, de la cloche de la détresse de Sylvia Plath, et des mots d’Émilie Dickinson, cette dernière qui disait : 

le rivage est plus sûr, mais j’aime me battre avec les flots. 

C’est bien de cela dont il est aussi question dans ce nouveau disque qui n’ignore rien de la mémoire de l’exil, qui parle aussi des jours  actuels menacés par l’oubli ou l’amnésie volontaire.

« Bleue » donc. Ce bleu dont Enrik Bilal disait qu’il est une respiration face à l’oppression de son univers. Un bleu Klein qui ouvre une vie multi-dimensionnelle : la mer, le ciel, l’espace et l’infini. Celui aussi plus musical d’un blues pop conceptuel. Carole King meets Serge Gainsbourg, cela donne  l’histoire de melody blues devenue mélodie bleue.

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