Camélia Jordana a choisi le nom générique de “Lost” pour être dans la vérité de son nouveau projet. “Lost” pour être aussi au plus proche de la vie intime de ses trois dernières années.

Camélia Jordana chanteuse et actrice française, récompensé du César du meilleur espoir féminin (43e cérémonie des César, Salle Pleyel à Paris, 02 mai 2018)
Camélia Jordana chanteuse et actrice française, récompensé du César du meilleur espoir féminin (43e cérémonie des César, Salle Pleyel à Paris, 02 mai 2018) © AFP / Philippe Lopez

Celle, dit-elle :

d’une jeune femme entre 23 et 26 ans d’origine algérienne avec une gueule d’arabe à Paris... 

Qui donc a aussi connu le fracas du monde, des attentats à la montée des populismes, jusqu’au racisme particulièrement féroce sur les réseaux sociaux. La genèse de ce projet se situe donc dans ce sentiment de perte totale. Perte des repères qui furent celles des générations précédentes. Perte de confiance aussi pour prendre la parole, afin d’être juste dans un contexte où toutes les cartes sont brouillées. La perte, selon Camélia Jordana, c’est aussi l’oubli de soi qui conduit à l’abandon et à la transe. 

Ce disque illustre un couloir labyrinthique, évidemment sombre, mais qui a donné vie à la quête nécessaire de lumière. La perte pour s’identifier. Et pour se retrouver. C’est de fait un album politique, une fusion de sentiments contradictoires, un mélange de sons, de langues et d’esthétiques musicales. Une diversité artistique qui commande à ne surtout pas choisir.

Camélia Jordana, artiste engagée et citoyenne : on est loin, très loin de l’image encore présente de la candidate de la Nouvelle Star, même si Camélia montrait déjà très jeune dans ses choix artistiques, son besoin de s’inscrire dans la différence et une forme de singularité. 

Aujourd’hui, à 26 ans, Camélia Jordana (que ce soit au cinéma ou dans la chanson) illustre avec ses choix son rapport au monde très conscient. Un rapport qu’elle avait déjà développé dans son précédent EP en chantant :

Il y a du bleu, il y a du blanc, il y a du rouge, sur mon drapeau / Je me sens neuve, telle une enfant, quand je pense à mon drapeau.

C’est aussi l’enfant qui est en elle qui éprouve le besoin de s’exprimer dans trois langues : le français, celle de son identité, l’anglais, celle de la pop, et l’arabe qui la relie à ses ancêtres, à la terre mais aussi à une forme de mystique.

Ce disque est peut-être aussi le résultat concret d’un engagement sur le terrain qui avait commencé dans la jungle de Calais. Camélia Jordana avec le soutien de la réalisatrice Pascale  Ferran, avec laquelle elle avait tourné _Bird People_, a voulu rendre son engagement concret. Se rendre utile. Ne pas parler pour ne rien dire, ne pas être juste une citoyenne dans la République des Droits de l'Homme et des bonnes intentions. Depuis lors, elle chante régulièrement pour les réfugiés. Son regard sur le terrain a offert une autre dimension artistique à son projet, et lui permet de se livrer en forme d’autobiographie.

Camélia Jordana tourne le dos aux formats de la pop traditionnelle. Elle explore, expérimente, structure et déstructure. Mais dès qu’elle chante l’émotion affleure partout. C’est une voix de l’ombre qui éclaire tout, soleil noir, peut-être la plus belle que nous ayons en France. Une voix d’une vieille âme qui est en contact avec la légèreté inquiète de sa génération. Une voix qui compte, qui trouble et aide à se tenir debout. 

Camélia Jordana déclarait au quotidien l’Humanité à propos de son album :

On a beau être paumés amoureusement, sentimentalement, politiquement, socialement, économiquement, on sent bien que le pouvoir c’est nous et que nous sommes l’avenir. 

Définitivement Camélia Jordana est toujours une fleur intemporelle qui s’ouvre et s’épanouit à la lumière du futur.  

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.