On a appris la mort du chanteur Christophe des suites d'un "emphysème", maladie pulmonaire, a indiqué l'Agence France Presse dans la nuit de jeudi à vendredi, il était âgé de 74 ans. Retour sur un parcours unique à travers ses chansons.

Portrait du chanteur Christophe à Paris le 13 janvier 2020.
Portrait du chanteur Christophe à Paris le 13 janvier 2020. © Getty / Eric Fougere/Corbis

Un visage dessiné sur le sable, qui s’efface avec la pluie : l’image de Christophe, la première en tout cas, ce fut celle-ci.

A quel moment Daniel Bevilacqua est-il devenu Christophe ? 

Ce prénom n’était pas le sien au départ et à jamais on l’associera à un autre, celui d’Aline, qu’il a chanté tant de fois depuis sa sortie en 1965. C’était le tube de l’été cette année là et son premier gros succès.

Il ne portait pas encore la moustache mais il était dingue de cinéma et de jukebox, vivait la nuit déjà sans doute. On a su plus tard que le dernier des Bevilacqua a choisit son nom à cause d’une médaille de Saint-Christophe que lui avait donné sa grand-mère, parce qu’il prenait des risques au volant.

Ce fils d’un architecte et d’une couturière né à Juvisy-sur-Orge avait découvert le blues à 16 ans et sa passion pour les 78 tours, le son de certaines guitares et celui des voitures de course ne le quitterai jamais. Après des débuts discrets sous le nom de Christophe déjà au Golf-Drouot il rejouait Gene Vincent, Eddie Cochran, Elvis Presley et Little Richard.

Quelques 45 tours plus tard, en 1965 le succès d’Aline fera de lui une vedette, il peut acheter des voitures de sport, et continuer à écrire des chansons faussement légères comme « Les Marionnettes ».

Mais en 1968, après ces premiers succès de crooner, Christophe arrête tout, ne veut plus de l’étiquette de chanteur de variété. Il reviendra très fort en 1973 enchainant « Les Paradis Perdus » suivi des « Mots Bleus »(1975)  écrits avec Jean-Michel Jarre. La production est hyper travaillée, comme en on fait pas ou si peu en France à l’époque. Alors qu’il avait renoncé à la scène, il redonne en 1974 une série de concerts à l’Olympia, le magicien Dominique Webb crée pour lui le « Piano volant ». Il redonnera ces concerts en 2002, toujours à l’Olympia.

Le Rock sophistiqué de Christophe sera fait de « Clichés d’Amour » et de « Beau Bizarre » et le « Dandy un peu maudit, un peu vieilli » de se muer en expérimentateur.

« Je vous propose D'ouvrir des choses / Des choses avec moi / Sur de nouvelles voies ». c’est avec ces mots que Christophe commençait l’album Les Vestiges du Chaos (2016) Expérience toujours nouvelle entre lui et son public.

Pour ceux qui ont déjà pénétré dans son studio à Montparnasse, ou vu des photos de son antre, c’était une accumulation d’objets mais surtout des synthétiseurs, à côté d’un grand piano à queue les derniers plug-in et nouvelles boites à effets... Ami et collaborateur de Jean-Michel Jarre : Christophe disait :

Je ne crée par des mélodies, je cherche des sons »

Et le son que vous entendez-là est une musique née du hasard, de l'interférence entre un ampli et une ligne téléphonique : 

« Je suis le plus pur, Je vous rassure, Le plus embrasé » : ça c’était dans son album de 2016. 

Si avec le temps Christophe retrouvait des collaborateurs et paroliers habituels (Jean-Michel Jarre, Boris Bergman et Daniel Bélanger) ces derniers temps, notamment pour les très beau Vestiges du Chaos c'étaient surtout avec des femmes qu’il dialoguait : de nouvelles parolières qui donnaient des mots à sa musique (Maud Nadal, Muriel Teodori, Claire Le Huern, Isabelle Prim, Laurie Darmon - une guitariste, une psychanalyste, une écrivaine, une cinéaste, une chanteuse). 

Il échangeait encore avec la voix d'une actrice : Anna Mouglalis dans «  E justo ». Le cinéma a toujours habité la musique de Christophe, dans ses disques on entend Isabella Rosselini ou encore Isabelle Adjani, mais aussi Lou Reed (qui justement parle de cinéma et de performance dans la chanson « Lou »)

Synthétiseurs et cinéma réunis dans cette chanson de 1984 : Voix Sans issue

« VOIX sans issue » Voix avec un X : titre plus que paradoxal pour un chanteur. La voix de Christophe c’est dans doute, en plus de sa grande culture, son côté oiseau de nuit son goût de l’expérimentation ce qu’on retiendra ; une voix très haute, sexuellement floue ou tellement androgyne assumée qu’elle aura contribué à élargir l’idée que l’on se fait de l’homme, et de la femm

Difficile de choisir dans le répertoire de Christophe, une fois qu'on a a cité « Les Mots Bleus ». J’aime beaucoup « Le Petits Gars » (revisité en duo avec Etienne Daho) « Señorita » ou encore « La Dolce Vita » (là encore des chansons sur lesquelles il est revenu avec Sébastien Tellier notamment) 

On note enfin l'influence immense de Christophe sur la musique en France, admiré aussi bien d’Alan Vega (de Suicide) que de Dominique A (qui reprendra sa chanson « Chiqué Chiqué ») il aura été un Bashung expérimental, un sentimental , un dandy un peu vieilli comme il le disait dans Les Paradis perdus.

Matthieu Conquet

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