Il y a 33 ans, le 14 janvier 1986, disparaissait Daniel Balavoine. Sensible et engagé, il continue d'influencer de nombreux artistes français, y compris dans le milieu du rap.

Daniel Balavoine en 1985.
Daniel Balavoine en 1985. © Getty / CONTI/Gamma-Rapho

Nul n’aurait pu imaginer lors de sa disparition brutale et injuste, que trois décennies plus tard, Daniel Balavoine qui voulait faire danser dans les soirées de monsieur Durand, mais qui lucide au-delà du raisonnable criait qu’il voulait mourir malheureux pour ne rien regretter, serait  l’objet d’un tel culte. 

Quand on est doué d’une vision, on épouse l’éternité...

« Sauvez l’amour » extrait du dernier album studio de Daniel Balavoine, est une chanson qui prend une résonance particulière aujourd’hui :

Qui pourra remplacer le besoin par l’envie ?

Tout était déjà dit pour celui qui inventait les punchlines avant l’heure. Une chanson qui sera reprise l’an dernier par le collectif de M, « Lamomali » avec la chanteuse Fatoumata Diawara. Mort au combat de l’engagement utile, Balavoine c’est l’histoire d’un homme qui parlait pour bien faire, en donnant l’exemple sur le terrain.

Aujourd’hui, Daniel Balavoine est devenu un exemple pour une grande majorité d’artistes de la nouvelle génération : Christine & the Queens bien sûr qui le revendique souvent comme l’une de ses influences française majeures, mais aussi les rappeurs !

Il y a même dans le hip hop, une sorte d’unanimité en forme de plébiscite. Balavoine c’est leur héros de la modernité, du courage de la parole, du citoyen artiste exemplaire qui a mis ses engagements en acte. Orelsan, Soprano, Mc Solaar, Gaël Faye, le citent souvent dans leur prose combat. Youssoupha, lui, le samplera dans un acte créatif décisif.

Youssoupha rend hommage à Balavoine. Mais aujourd’hui, c’est moi qui le célèbre. Je l’ai bien connu les quatre dernières années de sa vie, et cette rencontre m'a marqué à vie.

Parce que Balavoine était une sorte de tuteur sentimental qui aimait l’idée de la transmission. C’était  un socle de convictions. Un esprit en mouvement qui avançait tout en puissance, heureux de ne pas vivre dans le sentiment du regretteur qui croit que « c’était mieux avant », parce que le monde devient un puits sans fond d’injustice. 

Balavoine avait sa face amère et sa face amour

Face amer : il pressentait la montée des obscurantismes religieux, le spectre du repli sur soi, de la haine de l’étranger, qu’il soit réfugié ou immigré, le dédain pour l’avenir écologique de la planète. 

Face amour : il se réjouissait de l’impératif d’un dialogue nord sud, de la nécessité d’écrire le droit des pères, en même temps que l’impérieuse nécessité de comprendre que l’avenir de l’humanité passerait par la femme

Balavoine c’était aussi une indignation permanente sans mesure, mais avec la raison juste. Un insurgé permanent qui au moment de sa disparition déplorait la perte du sentiment. Qui pensait qu’il fallait désormais plutôt être pour, que contre :

Je ne suis pas "contre", je suis "pour" les arabes…

Cette inversion dialectique racontait aussi beaucoup du cheminement intellectuel d’un artiste qui pressentait à juste titre, sa peur de voir la société se désintégrer au profit de la haine des opinions qui différent de soi. En 1984, au quotidien Le Monde il prophétisait :

Il va falloir partager le gâteau, et ceux qui ne voudront pas, vont recevoir les pauvres sur le dos et en crever...

Un mois avant de mourir, il disait : comment imaginer le changement et la douceur, dans le même lit ? 

Tous ces cris et SOS qu’il hurlait à la face du monde, il les rêvait revenir en pierres d’étoiles sur les rochers.

Balavoine sentimental.

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