Certes, il y a aujourd’hui la sortie historique de l’album posthume de Johnny Hallyday, mais aussi celui de l’album posthume de Maurane consacré à Jacques Brel.

Maurane sur scène en juin 2012 : son album posthume sort ce vendredi 19 octobre
Maurane sur scène en juin 2012 : son album posthume sort ce vendredi 19 octobre © Maxppp / Eric Dulière

Un opus que Maurane avait commencé à enregistrer avant sa tragique disparition. Tragique et cruelle disparition soudaine c’est vrai, parce que la chanteuse, après quelques années difficiles où elle s’était éloignée des studios d’enregistrement et de la scène, était précisément en train de revenir à elle, grâce aux chansons de Brel. Elle avait d’ailleurs démarré sa carrière en 1979 en chantant dans un spectacle qui lui était consacré. Et cette année, c’est par ses chansons qu’elle voulait signifier le début de sa renaissance. Avec quelques standards mais aussi quelques chansons moins connues dont « Une île » qui semble taillée sur mesure pour la voix de Maurane.

« Une île » chanson de Jacques Brel qui date de 1962, et que Maurane nous fait revivre. Maurane, avait juste posé ses voix en maquettes pour ce projet. D’où la force émotionnelle de l’interprétation ! C’est un disque posthume qui nous raconte au-delà de la revisite du répertoire de Brel, l’histoire d’une interprète qui reprend goût à la vie et qui retrouve le chemin de la confiance par ces chansons fondatrices. 

Bien évidemment, il est toujours complexe de trancher la question de la viabilité d’un projet inachevé et interrompu par une disparition brutale, mais on peut saluer la démarche de Lou Villafranca, la fille de Maurane, totalement extérieure au métier, qui a saisi l’importance d’un tel défi pour sa maman. Avec la complicité du pianiste de la chanteuse Philippe Decok, elle a décidé de ne pas rompre cet élan de vie qui était en train de se remettre en place. Sa fille parle ainsi :

Maurane l'aurait voulu. Elle recommençait à chanter, et ça m'a un peu obsédé. Il y avait quelque chose de très vivant et de pas triste dans cette aventure artistique. Je me suis dit qu'il fallait absolument terminer l’album dans les délais qui étaient prévus de son vivant.

Ainsi, Lou et Philippe Decock ont-ils choisi le meilleur des chansons qu'elle avait enregistré avec parfois une seule prise de voix comme dans le bouleversant « Ne me quitte pas ». Mais ce qui fait de cet album un objet artistiquement de haute volée, c’est qu’au-delà du choix des chansons, Brel est si j’ose dire, revu à la baisse. En termes d’interprétation, et ce pour le bien de la singularité de l’entreprise. Ce qui signifie que Maurane l’a appréhendé dans une magistrale sobriété, là ou Brel souvent était lui dans un besoin et un désir de projeter son chant, de façon extrême. D’où par exemple cette version de « Vesoul » qui au départ, selon moi, est loin d’être la meilleure chanson de Brel,  qui ici devient un petit bijou de groove, au flow presque hip hop, dans lequel Maurane jazzille avec grâce...

L’album Brel marque aussi l’amour de la chanteuse pour les grands classiques de la chanson française puisque l’on s’en souvient aussi, elle avait enchanté le répertoire de Claude Nougaro il y a quelques années. L’album s’intitulait judicieusement « Nougaro ou l’espérance en l’homme ». Cela aurait pu être un beau titre pour celui-ci. Mais les circonstances dramatiques qui nous amènent à ce nouveau disque font que l’on a plus envie de repenser à ce que Maurane disait de Brel : 

J’aime l’interprète Brel des tremblements, celui qui vous transperce physiquement

Ce que Maurane fait ici avec sa voix d’or qui ne s’endormira jamais. Et qui parvient à atteindre  l’inaccessible étoile  toute en intériorité comme dans la chanson « La quête », issue de la comédie musicale américaine « L’homme de la Mancha » que Brel adaptera magnifiquement en français. Le chagrin des départs dont il est question dans cette chanson, est un peu atténué avec ce bel album qui nous ramène à ce que disait Brel de la vie : 

Ce qui compte dans une vie, c’est l’intensité d’une vie, ce n’est pas la durée d’une vie.

Celle de Maurane a été comme celle de Brel courte, trop courte, mais si intense.

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