Furie oui, et surtout fièvre, une fièvre qui ne se contente pas de monter le samedi soir. Avec le collectif Bagarre, le club, la puissance corporelle de la danse, c’est tous les jours !

Image tirée du clip "Béton armé" de Bagarre sur youtube (compte BagarreVEVO)
Image tirée du clip "Béton armé" de Bagarre sur youtube (compte BagarreVEVO)

Pour Bagarre, la danse c'est presque une religion, un crédo, une façon de vivre, une esthétique, et parfois aussi une arme politique, comme lorsqu’il s’agit pour eux d’évoquer les attentats qui ont précisément voulu mettre à terre l’idée même de plaisir, liée au pouvoir sorcier de la danse. Semer la terreur dans une jeunesse dont le mode de vie passe aussi par un mode de vie autant libre que libertaire. 

Bagarre, un nom bien choisi lorsqu’on écoute la musique du groupe qui cherche tout sauf le consensus. Il y a inexorablement chez Bagarre la tentation pour une certaine brutalité dans le son. Une attitude presque hooligan dans la façon de se commettre. Mais attention ! hooligans totalement peace & love... En effet, les cinq membres du groupe qui ont tous choisi un blaze pour s’identifier : Emmaï Dee, Mus, La Bête, Loup et Master Clap : une fille et quatre garçons (donc autant de possibilités) ont écrit et composé leurs chansons, avec le sens du réalisme d’une époque pas franchement souriante, mais avec un besoin de porter le lâcher prise en programme commun de gouvernement.

Ils écrivent ainsi des chansons qui donnent du sens à la danse. La famille Bagarre c’est une meute de loups où chacun s’exprime comme dans la chanson « Diamant » où il est question du plaisir féminin.

Emmai Dee : j’avais envie d’un texte de femme, écrit par une femme, chanté par une femme, qui parle de femmes. J’ai tourné autour de plein de questions, et notamment de la différence entre moi et les garçons. Ça m’a rapidement rapporté à mon propre corps, à des questions de sexualité et à la masturbation féminine, qui est quelque chose dont on ne parle pas...

Dans Bagarre, le fonctionnement est participatif. Chacun a tour de rôle écrit et chante. 

C’est ce que le groupe appelle un collectif à l’horizontale, si attaché au principe démocratique qu’il n’y a plus ni de hiérarchie, ni de leader puisque chacun possède et occupe tous les rôles à la fois. Difficile équilibre qui constitue aussi la magie du groupe et des chansons. Ce qui autorise toutes les libertés et les points de vue. Ainsi on y écoute aussi un plaidoyer pour le plaisir anal chez un garçon hétérosexuel.

La nuit quand tu éteins
Quand tu me suis
Au fond du bassin
Laisse-toi venir venir
Comme un sourire
Tout doucement
à ma manière   Laisse-toi laisse toi me baiser
Du love dans l’amour à ma à ma à ma manière 

Le groupe Bagarre finalement revitalise le légendaire « Sex drogue & rock’n’roll ». Parce que ce club 12345 met en lumière un territoire de toutes les utopies et des libertés. En effet, le club, c’est autant un endroit réel qu’imaginaire. Et c’est aussi un espace-temps, sans horaire. Un champ d’expériences dans lequel on vagabonde. Un lieu de vie où l’on se mélange, où l’on s’invente, un espace indécent où l’on est libre d’être qui on veut et comme on veut. 

Comme au bon vieux temps du mythologique Studio 54 à New York, du temps où le disco n’était pas encore synonyme de danse au bord du gouffre. Tout en ne perdant pas de vue que c’est peut-être l’endroit où l’on a tous consommé la musique différemment par rapport à la vraie vie. C’est un lieu où les musiques peuvent vous tenir pendant six heures debout.

Bagarre le sait, puisqu’ils viennent de là et ils en ont fait une scénographie en mouvement. Mais là où le groupe est fort, c’est qu’il n’ignore en rien les affres de la solitude du clubbeur de fond. Le club peut être l’éden comme l’enfer. Même si on y retourne dès le lendemain. Ils en font la meilleure chanson écrite à ce jour sur les sentiments contradictoires que sollicitent l’addiction à ce monde parallèle. Une chanson générationnelle. 

Chez Bagarre on ne cherche pas la castagne, on explore les corps dans toutes leurs extrémités, le plaisir féminin, le plaisir masculin, les psychotropes mais aussi le blues d’un monde ou le béton armé est celui des attentats. 

Bagarre c’est une zone entière de libertés

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