Mardi dernier on apprenait au Brésil la mort de Moraes Moreira, à la suite d’un infarctus, il avait 72 ans.

Le musicien et chanteur brésilien Moraes Moreira au Circuito Dodo lors du défilé du carnaval du Salvador le 13 février 2010 à Salvador, au Brésil.
Le musicien et chanteur brésilien Moraes Moreira au Circuito Dodo lors du défilé du carnaval du Salvador le 13 février 2010 à Salvador, au Brésil. © Getty / Lunae Parracho / LatinContent

Si le grand public ne connaît pas forcément son nom, c'est pourtant un des musiciens les plus influents au Brésil dans les années 70 et celles qui suivront. 

Et le groupe dont il a fait partie les Novos Baianos (les nouveaux Bahianais) a accompagné un grand nombre de musiciens et de révolutions musicales. 

A la fin de cette chanson « Preta Pretinha » (petite noire) la voix que vous entendez là, celle de Moraes Moreira, chantait : « Ah nostalgie ne vient pas me tuer ». 

Gilberto Gil, ancien ministre de la Culture, Caetano Veloso ou encore Tom Zé, autre figure du mouvement Tropicaliste, ont tous souligné l'importance de Moraes Moreira.

Reconnaissable à sa grande silhouette, ses cheveux longs et sa large moustache, Moraes Moreira va composer l’essentiel des chansons du groupe Novos Baianos (Luiz Galvao écrit le plus souvent les textes). 

Après un premier album fait à Sao Paulo (E Ferro na Boneca, 1970), les Novos Baianos publient en 1972 Acabou Chorare (Fini de pleurer) qui va devenir un classique de la musique populaire brésilienne et installer Moraes Moreira comme un compositeur et interprète incontournable au Brésil.

Au point que le Carnaval de Salvador de Bahia lui rendait hommage en 2017. Ecoutez par exemple cette fougueuse samba signée Moraes Moreira. 

« Besta é Tu » : c’est toi la bête, toi le monstre. Dans quel monde vis-tu ? » 

La charge de la musique des Novos Baianos était psychédélique, tropicale mais aussi bien sûr politique, marquée par la dictature.  

Les Novos Baianos et Moraes Moreira étaient dans l'air du temps : fans de football comme de Janis Joplin ou de Jimi Hendrix, politisés aussi, ils n'ont jamais caché non plus le rôle qu'avait pu jouer les acides et l'herbe dans leur processus créatif. 

Pour cet album culte, Acabou Chorare, un musicien célèbre, qui n’apparaît pas au générique, va jouer un grand rôle dans la création de ses chansons : c’est João Gilberto.

Dans son livre sur les musiques populaires brésiliennes (paru aux Editions le Mot et le Reste) David Rassent raconte l’importance capitale que va avoir ce visiteur qui vient frapper à la porte de leur communauté hippie dans la Zona Sul de Rio. 

João Gilberto, le co-inventeur de la bossa nova, la légende nationale, va passer plusieurs nuits en leur compagnie, et va presque devenir leur gourou : « il leur prodigue ses leçons de vie, voire de philosophie, et une respectabilité nouvelle – ils ne seront plus considérés comme des fumeurs de joint mais comme les disciples du maître. Surtout, (il) change à jamais leur musique, (…) leur ouvrant les portes de l’inestimable fonds culturel brésilien »

« Acabou Chorare » la délicieuse chanson titre de cet album devenu culte, est une berceuse écrite par Luiz Galvão et Moraes Moreira, qui élevaient leurs enfants au milieu des autres musiciens. Le titre est directement inspiré par João Gilberto qui racontait que sa fille, Bebel, s’était montrée très courageuse déclarant « j’ai fini de pleurer » : Acabou Chorare. 

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