Et c'est avec elle que s'achève la sélection des 10 meilleurs albums de l’année par l’équipe de la programmation musicale de France Inter.

Chris, anciennement Christine and The Queens, en concert à Bercy le 18 décembre 2018 (Paris, France)
Chris, anciennement Christine and The Queens, en concert à Bercy le 18 décembre 2018 (Paris, France) © AFP / François Guillot

Le cap du deuxième album ressemble décidément en France à celui du cap Horn. Difficile au pays des lumières d’être et d’avoir été. Christine & the Queens auréolée d’un succès à la fois hexagonal et international avec plus d’1 million d’albums vendus de son premier opus Chaleur Humaine a décidé de remettre son titre en jeu avec la volonté de casser tous les codes de la bienséance : mutation dans le choix du nom, identité donc en mouvement, devenir sa propre reine de la production du disque, court-circuiter le patriarcat encore dominant dans la musique et imposer cette image de femme phallique, productrice de son disque et qui a dérangé par son extrême physicalité et sa colère ultra sexuée. 

L’image de Chris a peut être fini par cannibaliser les chansons de ce deuxième album à la production imparable, lien subtil entre le son malheureusement sous-estimé du Gainsbarre de « Love On The Beat » et la brutalité minimaliste du son G-Funk californien. 

Chris c’est la vieille Europe transgressive au contact des utopies californiennes.

Chris et Christine se produisaient deux soirs à l’Accord Hôtel Arena pour conclure la première partie de sa tournée mondiale. Chris sur scène démontre le cœur de son projet. Celui d’une artiste qui déconstruit tous les codes du concert pop et de la mise en scène des rituels de l’entertainment américain

C’est le théâtre de Claude Regy qui entre dans la danse contemporaine de la horde. C’est le minimalisme du décor mise en scène dans le gigantisme de Bercy, où l’on voit tout à coup une artiste entrer sur scène dans un salle encore allumée. Ou encore les peintures de la Hudson River School qui font front avec le dos reptilien de la chanteuse qui se dénoue au contact du verbe de Booba. 

Il y a les chorégraphies intransigeantes avec le corps, un décor qui parfois ressemble à ceux de Richard Peduzzi pour les opéras de Chéreau. 

Il y a du sens et de la sensualité. 

De la politique et de la sueur comme lorsque Chris entame « L’étranger » chanson qui en sous texte évoque les migrants et qu’elle met en scène dans un tableau où Murnau croise le radeau de la méduse de Delacroix. C’est sidérant de beauté...

Un spectacle qui permet aussi de redécouvrir certaines chansons du disque. Car Chris ose le gigantisme et le minimalisme dans la même énergie et lorsqu’elle chante « Machin Chose » on est bouleversé par cette confession de la rêveuse qui court, seule face à l’immensité de la salle.

Ce deuxième album de Chris remporte aussi d’impressionnants lauriers à l’international. « Damn dis-moi » chanson de l’année pour le magazine Times, album de l’année pour The Independant, sans oublier le quotidien le plus prestigieux d’Angleterre, le quotidien anglais le plus lu au monde, qui annonce que Chris est l’album de l’année selon sa prestigieuse rédaction. Une très grande nouvelle pour ce disque « historique à l’histoire » décidément très contrasté.

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