Ce jeudi matin, nous avons appris la mort accidentelle de Philippe Cerboneschi plus connu sous le nom de "Zdar". C’était un des héros pionnier de la French Touch.

Cassius, Philippe Cerboneschi et Hubert Blanc-Francard,  au Grand Palais à Paris.
Cassius, Philippe Cerboneschi et Hubert Blanc-Francard, au Grand Palais à Paris. © Getty / Kristy Sparow / WireImage

La première fois que j’ai croisé Philippe Zdar c’était dans les couloirs de Polydor, je venais d’être nommé directeur artistique du label en 1991, et lui en compagnie de Hubert Blanc-Francard, ils finalisaient le premier album de celui qui allait changer non seulement la face du hip-hop mais aussi tout simplement de la musique pop.

Zdar, c’était un homme son, un génie allumé de la console. Une touche qui n’appartenait qu’à lui et qui faisait qu’un morceau mixé par ses mains de feu  devenait une œuvre en plusieurs dimensions. Le pied toujours à sa juste place. Le groove appréhendé comme une science toujours exacte et puis ce relief si subtil qui faisait comprendre à n’importe quel béotien du son le sens précis du travail d’un réalisateur. Et puis comme nous tous de cette génération il y a eu la rencontre inattendue avec la culture de toutes les utopies : le territoire infini des rave parties jusqu’au clubbing qui a définitivement façonné le corps noueux de ce qui allait devenir la musique de Cassius.

Et puis le tandem Boombass-Zdar a trouvé sa ligne force. Son cortex. Une irrésistible efficacité qui englobait dans un même petit morceau toute l’histoire de la pop musique

Des tubes, bien sûr, mais bien plus que ça pour Cassius. On y puisait un plaisir incommensurable mis au service de la musique dans toute sa diversité.

Le groupe français Phoenix pour lequel Zdar avait mixé l’album avec ce son qui les mènera jusqu’à être lauréat aux Grammy Award. Philippe Zdar avait aussi réalisé un nombre impressionnant d’albums de stars de la musique anglo-saxonne : Beastie Boys, The Rapture, Cat Power, Chromeo, Tiga, M, Franz Ferdinand ou encore Kanye West. Et avec un tel C.V., Zdar restait aussi un mec à l’affût d’un morceau ou d’une artiste émergent qui, tout à coup, lui donnait l’impulsion pour vivre ses désirs qui n’appartiennent qu’au recommencement. Je pense récemment à Malik Djoudi en duo avec Etienne Daho dans ce duo qui fera les beaux jours de la Playlist d’Inter

Zdar était un mec solaire, beau comme un astre, qui ne laissait passer aucune marque du temps sur son allure toujours juvénile. Sans effort et sans manie. Nous avons fait ensemble tant d’interviews sur France Inter. Il était encore à mes côtés dans Foule sentimentale, toujours taquin et tendre à la fois. Le dernier album de Cassius sort aujourd’hui. On voudrait se réjouir mais pardon de dire que ses chansons de l’innocence retrouvée qu’ils ont synthétisé dans le titre Dreems de ce nouveau disque ne résonneront plus jamais comme avant. Cassius et Zdar ont voulu revenir à l’esprit de la house originelle. On pense évidemment à ce que racontait cette musique au-delà du désir de faire lever les bras et onduler les hanches. Ce sentiment irrésistible de donner de la joie, gorgée de pop orchestrale, toujours hypraromantique, avec ses intros et ses breakdowns remplis de violons et de piano. Du désir toujours, avec en soubassement la réalité d’une vie qui peut s’arrêter à tout instant. Hier la vie s’est arrêtée brutalement. Une fois de plus, je penserais à cet étrange sentiment de la danse au bord du gouffre. Celle de la house music, et de l’un de ses plus beaux artisans. Philippe Zdar

Philippe Zdar faisait chanter sa fille dans son dernier album. Il avait crée ce non d’Ibifornia pour le précédent disque. Ibiza c’était aussi là où Zdar et Hubert aimaient à se retrouver loin de la furie des clubs. Pour travailler et faire la fête entre eux. Dans une interview au magazine Trax, il avait un jour parlé de son désir de mourir là-bas avec évidemment un bon dernier repas. : « Ce serait chez moi à Ibiza, les spaghettis mezza notte avec de la moutarde, les spaghettis de la nuit quand tu rentres de fête. Avec juste de l’ail, de l’huile de l’olive et du piment. ». Éternelle recette. Épicurien, simple, joyeux et si bon. Tout Zdar. 

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