Un opus évidemment très attendu, qui a quand même été précédé par la sortie de quatre titres. Alors, Ces quatre chansons ont-elles donné un aperçu sur la couleur générale du disque ? Oui et non.

Chris lors du concert ce mercredi au 104 de la Maison de la Radio, elle présentait son nouvel album en avant-première
Chris lors du concert ce mercredi au 104 de la Maison de la Radio, elle présentait son nouvel album en avant-première © Radio France / Séverine Bastin

Oui, parce qu’effectivement dans ces 4 nouveaux titres de Chris, on entend l’âpreté d’un son nourri à la fois au G-funk de la côte ouest américaine, aux effluves féministes du « Velvet Rope » de Janet Jackson mais aussi à la flamboyance queer du « Love On The Beat » de Gainsbarre. 

Et non, parce que dans l’album on trouve quelques petites perles qui montrent l’incroyable liberté artistique de Chris, comme dans le titre « Goya Soda », fable sans concession sur le désir. Elégie foudroyante gorgée de chœurs célestes, d’une tournerie de basse  minimaliste et d’un lit de synthé, clin d’œil au « Broken English » de Marianne Faithfull.  Dans ce titre il est question d’une histoire d’amour entre un très jeune homme et une femme plus mûre, histoire qui se noue sur un tableau de Goya

C’est « art, sexe and music ». Wharolienne, Chris frictionne dans son imaginaire l’amour et la perception que l’on peut avoir de l’art.

Dans ce nouvel album, Chris s’impose en obscur objet de désir, affamé et parfois en colère.

Beaucoup ne semble retenir de ces chansons que cette dimension de prédatrice, évaporée dans le culte d’une Amérique libérale. Fausse piste. C’est aussi l’album d’une marcheuse qui cite René Char

Cet homme était couvert des morsures de son imagination, l’imaginaire ne saignait qu’à des morsures anciennes 

La chanson « La marcheuse » est accompagnée d’un clip somptueux où Chris en toréador blessé marche au côté d’un taureau qu’elle semble dominer. 

J’aime que mes chansons évoquent le sang pulsant sous la peau

Objectif largement atteint. Chris hérite de ses blessures anciennes et confesse qu’elle reste une rêveuse qui court. Dans le titre « Machin chose », elle parle de façon juste de l’intériorité d’une femme qui reste comme le disait Brian Wilson : « artisane dans l’industrie des sentiments ».

Une rêveuse qui court.

Chris se montre aussi un peu plus formellement engagée, notamment avec le titre qui clôture l’album, même si chez Chris, tout est politique dès lors que le corps et la sexualité décident d’échapper à toute définition. L’album se referme ainsi sur « L’étranger ». Chris regarde le monde et ses catastrophes qui décentrent la terre, elle n’ignore pas les naufrages, ce qu’elle nomme :

les images tremblotantes d’embarcations précaires...

L’étrangère Chris au pays des mirages hollywoodiens, alerte et assimile le naufragé réfugié à « un voleur d’eau ». C’est Chris qui crie, et de ce crissement métaphorique nous enseigne que l’on doit aussi être armé pour demander des comptes.

C’est jour de la sortie de l’album de Chris. Sortie mondiale avec déjà un accueil très fort en Angleterre et aux Etats unis. Chris sera en concert tout l’automne mais c’est à France Inter qu’elle a fait ses débuts mercredi soir sur la scène du 104.

L'album Chris(tine and The Queens) sort vendredi 21 septembre chez Because Music, l’album d’une passionaria, dont l’impudeur des sentiments est maquillé outrageusement rouge sang.

Aller plus loin

► CONCERT | Pour assister à l'un des concerts de Chris, rendez-vous ici pour connaître les dates et les lieux de sa tournée

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.