Graeme Allwright nous a quittés le 16 février à l’âge de 93 ans. Il ne boira plus à l’amitié, à l’amour et à la joie. C’était un artiste très à part dans le monde de la chanson au parcours tout aussi atypique.

Le chanteur auteur-compositeur-interprète, Graeme Allwright le 23 septembre 2016 à Bourg-en-Bresse.
Le chanteur auteur-compositeur-interprète, Graeme Allwright le 23 septembre 2016 à Bourg-en-Bresse. © Maxppp / PHOTOPQR/LE PROGRES/BALFIN JEAN PIERRE

Fils d’un chef de gare néo-zélandais, il était né à Wellington en 1926. Comme beaucoup de sa génération, il découvre la musique, principalement le jazz et le folk, en écoutant les radios des bases militaires américaines installées en Nouvelle-Zélande. 

A 22 ans, il obtient une bourse pour suivre des cours de théâtre à Londres où il rencontre sa future femme, une française avec laquelle il s’installera dans sa nouvelle patrie, la France. 

Avant de tâter de la musique, Graeme Allwright aura exercé plusieurs métiers, tout à tour vigneron, décorateur pour le théâtre, professeur d’anglais, maçon, plâtrier, vitrier.

Lorsqu’il est arrivé chez nous, il ne connaissait pas un mot français, ce qui surprend lorsque l'on l’écoute chanter, 18 ans plus tard, sans aucun accent. 

Il se lance tardivement dans la chanson et aussi par le fait du hasard. A tout juste 40 ans, lorsqu’il chante le soir dans un cabaret de la Contrescarpe, à Paris, son répertoire est essentiellement constitué de chansons folk, américaines et irlandaises. 

Il y est remarqué par la chanteuse Colette Magny qui le présente alors à Marcel Mouloudji, l’homme du « P’tit coquelicot » qui lui conseille d’écrire des adaptations. Il produira d’ailleurs son premier 45-tours en 1965. 

Mais le succès public viendra surtout l’année suivante avec la parution d’un premier album dans lequel il francise -entre autres - des chansons de Bob Dylan et de la militante politique Malvina Reynods , l’auteur des fameuses « Petites boites »… 

Par la suite, Graeme Allwright n’aura de cesse de faire découvrir aux français les chanteurs contestataires d’outre-Atlantique en adaptant, dans la langue de Molière, des auteurs comme Pete Seeger, Woody Guthrie, Peter, Paul & Mary, Tom Paxton ainsi qu’un Canadien encore inconnu chez nous, un certain Leonard Cohen dont beaucoup ont découvert « Suzanne » en français avant même d’entendre sa version originale. 

Si Graeme Allwright chantait un répertoire contestataire et antimilitariste, il n’en était pas moins profondément humaniste, une des principales raisons de son succès dans ces années 1966-1968, car ses chansons résonnaient avec les aspirations de la jeunesse française de l’époque. 

Son fils Christophe le résume d’ailleurs très bien lorsqu’il déclarait au soir de la mort de son père : 

c’était un chanteur engagé pour la justice sociale, un chanteur un peu hippie en marge du show business, qui a refusé des télés. Il a chanté jusqu’au bout, il a adoré être sur scène »

A la fin des années 70, Graeme Allwright ne se sentait plus très à l’aise avec le succès qui commençait à l’effrayer. Il décide alors de prendre ses distances en parcourant le monde, surtout l’Inde qui le fascinait. 

Entre deux voyages, il rentrait en France pour donner quelques concerts ici et là, et enregistrer quelques albums. 

Le monde du folk a perdu l’une de ses références. Graeme Allwright n’est plus. 

En 1966, il interprétait une chanson dont il est l’auteur, paroles et musique, et qui est devenue tristement d’actualité dimanche 16 février 2020.

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