Jean-Louis Murat, le troubadour éclectique, use de la métaphore des travaux pour nous indiquer peut-être qu'il se considère lui-même en chantier.

Jean-Louis Murat aux Francofolies en 2014
Jean-Louis Murat aux Francofolies en 2014 © XAVIER LEOTY

La nationale 89 est celle qui relie Clermont Ferrand à Bordeaux, une route par ailleurs en partie déclassée. Autant dire que dans un pays centralisé où l’axe nord-sud prime, c’est une sorte d’anomalie qui correspond assez bien au rapport au monde de Jean-Louis Murat. Etre désaxé volontairement. Respirer dans le sens de la marge. Etre précisément traversé par le chemin de traverse. Jean Louis Murat est désormais un chanteur de l’ancien monde. Reconstruction en forme de refondation avec l’ancien complice aux claviers Denis Claivezolle qui met Murat en position vibratoire électronique. 

Ce disque cherche à se chercher. Chacun fait ce qui lui plait avec les disques de Murat. Il trouve que sur cette route exploratoire et cabossée, il y a sûrement une envie de déconstruction qui traduit la volonté pour Murat d’opérer un état des lieux sur la chanson française aujourd’hui. Et Murat, en bon docteur, expert de son histoire, nous indique que celle-ci n’a plus la côte, bousculée par le rap et par la facilité de s’improviser chanteur à coup d’autotune et de programmation très accessible sur garage band. Face à cette situation, Murat nous indique que l’on peut donner de la noblesse aux textures électroniques. Tel un Aphex Twin du terroir, Murat qui se sent plutôt de la civilisation du cheval que de celle du moteur à explosion, fait exploser tous les codes. 

Murat empereur du " cut up " fait scintiller son imprudence pour nous signifier que la chanson mérite d’être secouée aussi par ses pères. Le poète a toujours raison, mais cette fois il essore sa langue de son lyrisme paysan.  Economie de mots et d’harmonies. Entouré d’une famille d’amis et de voix dont celle toujours plus aérienne de Morgane Imbeaud, le chanteur semble chercher la bagarre ou la confrontation avec sa propre peur de renoncer définitivement. Le disque survivra-t-il à ses chansons qui n’en sont pas ? Murat sait aussi qu’ici-bas on finit toujours par achever les travaux...

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