Matthieu Conquet rend hommage au saxophoniste et chanteur disparu hier. Depuis "Répondez-nous Seigneur" en 1963 jusqu'au récent Safari Symphonique, son célèbre "Soul Makossa" n'aura jamais quitté les platines, pillé par Michael Jackson et Rihanna entre autres.

Le saxophoniste et chanteur, Manu Dibango au Ronnie Scott's Jazz Club le 7 octobre 2010 à Londres.
Le saxophoniste et chanteur, Manu Dibango au Ronnie Scott's Jazz Club le 7 octobre 2010 à Londres. © Getty / David Redfern / Redferns

Ce rire et ce sens du rythme irrésistible dans "Ah ! Freak sans fric", c’était la marque de fabrique de Manu Dibango vous entendez-là un de ses hymnes qui ont fait danser, partout de Kinshasa à Paris, en passant par la radio bien sûr et notamment ces dernières années dans l’Afrique enchantée sur Inter.

Vous l'avez entendu partout hier, Manu Dibango est mort. Celui que certains appelaient "Le Grand", "Papa" ou "l’Éléphant de Douala ", s'est éteint à 86 ans. Ce serait trop court de vous raconter tout son parcours en quelques minutes mais allez on essaye : tracez un chemin entre le Cameroun, la France, la Belgique, un chemin qui ira, au gré des Indépendances en 1960 en Côte d'Ivoire et au Congo notamment, avant de rejoindre New York. 

Manu Dibango se définissait comme "un musicien du bal planétaire", expression avouez plus élégante que celle, fourre-tout, de "World Music". 

Voilà un bal qui aura duré près de 50 ans : en mode cha-cha ou funk, depuis le succès mondial de « Soul Makossa » en 1972 jusqu'à ses apparitions l'année dernière avec le Safari Symphonique. Manu Dibango égal répertoire large : c'est au début la rumba congolaise aux côtés de Grand Kallé mais aussi le twist, la variété (il accompagnera un temps Nino Ferrer pendant 4 ans). Swing et sourire toujours à l’œuvre, la preuve avec un de ses premiers enregistrements en 1963 : 

La prière fervente "Répondez-nous seigneur" de Manu Dibango un rien taquin, c’était un de ces inédits qu’il faisait découvrir dans un épais coffret sorti en 2015.

Manu Dibango vous l’entendiez a été formé à la musique sacrée, au temple où « l'on chantait du Bach et Haendel en douala », l’éducation "à la française" comme il le racontait dans son livre « Trois Kilos de café ». Trois kilos de café, c’est ce transportait avec lui Emmanuel N'Djoké Dibango, 15 ans, quand il arrive en France pour faire ses études. 

Des années plus tard, Manu Dibango rayonnera dans le monde entier, il jouera avec les plus grands : Peter Gabriel, Maceo Parker (le saxophoniste de James Brown) Sly & Robbie (la section rythmique Jamaïcaine) la Fania Allstar (crème de la salsa Newyorkaise) ou encore Herbie Hancock (pour l’album « Electric Africa » avec Bill Laswell). 

Tout cela grâce à un morceau qui le fait connaître dans le monde entier : "Soul Makossa", dont le  gimmick en douala javanais ("Mama-koo Mama-sa Maku-Maku-sa") qui n’était au départ que la face B d’un 45 tours dédié à l’équipe de foot du Cameroun - sera samplé deux fois par d'autres géants du bal mondial : Michael Jackson bien sûr ("Wanna be Starting Something" dans l'album Thriller en 1982) avec qui il trouvera un arrangement financier, 

Et devinez qui lui demandais de ne pas s'arrêter en 2007 ? 

La musique ne s’est jamais arrêtée pour Dibango, le pillage de sa musique non plus. 

"Soul Makossa" ce titre au succès mondial, carte de visite "afro something" comme il le résumait avec un sourire pincé, a au départ été enregistré à Paris. Petit secret de fabrication que m'avait confié Manu Dibango : pour atteindre la force du son des américains il fallu mettre deux batteries "pour avoir un after beat très fort" mais aussi deux basses, avec ce petit décalage qui fera danser la planète. Ecoutez la version vinyle originale de 1972.

Pour plus de Manu je vous recommande la Playlist aux petits oignons préparée par Thierry Dupin pour France Inter. Vous retrouverez par exemple un extrait de concert que Jean-Louis Foulquier organisait en 1988 : "la Fête à Manu" notre président actuel avait  10 ans pour ces Francofolies de la Rochelle 88' mais Manu Dibango, lui célébrait déjà ses 30 ans de carrière avec à ses côtés Maxime Le Forestier, Nino Ferrer, Zao et son Ancien combattant, ou encore Paul Personne.

Les invités
L'équipe
Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.