Vous avez sans doute entendu déjà « Ecoute moi camarade » que chantait Rachid Taha ; elle a beaucoup été rejouée à la disparition du chanteur en septembre dernier. Mais savez-vous qu’elle n’est pas de lui ? C’est une reprise, signée d’un certain Mazouni, Mohamed de son prénom.

Pochette de : « Mazouni : Un dandy en Exil Algérie- France 1969-1983 » (sortie prévue pour le 24 mai) chez Born Bad Records
Pochette de : « Mazouni : Un dandy en Exil Algérie- France 1969-1983 » (sortie prévue pour le 24 mai) chez Born Bad Records © Born Bad Records

Quand en 2006 Rachid Taha la reprenait il envoyait un message très fort  à tous ceux qui connaissent la chanson « Francarabe ». Avec Slimane Azem, Mazouni incarne la voix des immigrés algériens en France, pendant les années 70 début 80. Rachid Taha n’est d’ailleurs pas le seul à avoir repris  Mazouni : Mouss et Hakim de Zebda ont repris « Adieu La France, Bonjour l’Algérie », L’Orchestre National de Barbès choisit de rejouer « Les Roses (Tu n’es plus comme avant) ». 

Pourtant malgré ce statut de chanteur adulé à l’époque des scopitones (il porte beau le costume et  les lunettes de soleil) on trouve difficilement les chansons de Mazouni : quelques-unes sur le net, et les 45 tours sont très appréciés des collectionneurs…  Heureusement sort prochainement cette compilation  « Mazouni : Un dandy en Exil Algérie- France 1969-1983 » chez Born Bad Records (sortie prévue pour le 24 mai) 

Un disque de mélange qui réhabilite Mazouni en caméléon de la chanson, capable de faire référence à La Madrague comme à l’importe quel fait d’actualité. Mazouni est opportuniste, il s’adapte à l’air du temps si Brigitte Bardot a fait un succès avec La Madrague (en 1963) pourquoi ne pas jouer sur fond rock un air mélancolique à sa manière qui reprend le titre. Rabah Mezouane dans les notes du disque nous apprend que Mazouni fera aussi bien des chansons sur Mitterrand, Saddam Hussein que sur les mauvais conducteurs… 

Au départ pourtant Mazouni s’était fait connaître après l’indépendance par un morceau très engagé (Rebtouh Fel Mechnak - Il l’ont attaché à la guillotine). Il vient vivre en France 1969 et va devenir le chanteur des exilés, il raconte leur vie, ose beaucoup, parlant des « mini jupes » de choses légères mais aussi de ceux pour qui le rêve français a parfois un goût amer, comme dans la chanson Clichy : « le chômage fait rage / pour l’Arabe c’est toujours non / Pas d’embauche c’est trop tard, le directeur n’est jamais là pour toi quand tu t’appelles Bernard…  ». Mais c’est surtout son audace et son humour toujours bilingue qu’on retient notamment dans les duos comme « Chérie Madame » avec Meriem Abed (interprète et animatrice radio qui chantait ici sans être créditée, à sa demande). Alors qu’il se meurt d’amour « Chérie Madame Ô Mon âme, viens te serrer contre moi » elle lui répond en Français « Tu n’as pas honte Saloperie / Achète moi plutôt une DS ». Même constat quand il demande « c’est combien ? » à celle qui patiente sur le trottoir  (L’amour Maak)» : « Je ne monte pas avec toi parce que tu es un arabe ». « Raciste même quand il s’agit de l’amour » se plaint Mazouni, oreilles sensible s’abstenir le morceau va assez loin… 

Mazouni est toujours en vie, il vit  Blida (à 50 Km au Sud d'Alger) et l’écouter aujourd’hui avec ce qui se passe en Algérie prend une saveur toute particulière. 

« Mazouni : Un dandy en Exil Algérie- France 1969-1983 » (sortie prévue pour le 24 mai)  chez Born Bad Records 

Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.