Le 30 mars sortira "Générations Eperdu(e)s", un album tribute à Yves Simon, et où l'on retrouve toute la jeune scène française que France Inter défend depuis quelques années…

Yves Simon
Yves Simon © AFP

Mais cela ne suffit pas à la réussite du projet. En effet, la profusion des albums "tribute" aujourd’hui, confine à une réelle overdose.
Il faut donc surtout saluer l’intégrité artistique de ce projet, qui se différencie effectivement par son casting impeccable, sans faute de goût, ni allégeance à la notoriété pour booster l’objectif d’un album hommage, dont la mission est toujours de raviver un catalogue endormi. Mais c’est la nature même du regard artistique sur le répertoire qui fait la différence : chaque artiste nous montre sa relation intime à la chanson, en la déshabillant avec radicalité pour mieux la re-sculpter.  

Avec Yves Simon, il y a déjà cette exigence du texte qui montre toujours la voie.
Un texte qui fait chanter la littérature à la bonne place, et valser les mémoires d’un jeune homme intranquille.
Des paroles toujours à hauteur de voix, posée, entre murmures et confessions à basses fréquences.  
Un voyageur magnifique qui fera du talk over, de la prose poétique, un rap chanté avant l’heure.
Une certaine idée de la nouvelle vague appliquée à la chanson, qui rend hommage à la modernité verticale de New York et à la chinoise de Godard

C’est cette contemporanéité universelle et saisissante que Moodoid a si bien capté dans sa relecture de "Au pays des merveilles de Juliet" en équilibre entre les lumières d’un studio 54 mythologique, et les éclats d’une sono mondiale où JP Goude, Grace Jones et Afrika Bambaataa se seraient donnés rendez-vous.

Sur cet album hommage à Yves Simon, un autre cadeau interprété cette fois par la chanteuse et comédienne Soko qui trouve la juste interprétation pour restituer la fragilité incandescente de ce sentiment de l’entre deux âges que doit raconter la chanson qui illustre le film de Diane Kurys "Diabolo menthe".
Yves Simon qui n’écrit pas sur commande aura du mal à honorer les désirs de la réalisatrice. Le chanteur reçoit une lettre d’amour de Corinne Dacla, qui est la fille de l’éditeur musical du chanteur, et qui joue dans le film. Elle n’a que 14 ans et, pourtant, c’est une lettre d’adulte. Mais écrite sur du papier d’écolière à carreaux. Le reste est déjà écrit dans la légende. Dans les classeurs de lycée, il y a les rêves et les secrets d’une génération éperdue qui se réinvente à chaque époque

"Diabolo menthe" une chanson écrite à l’origine en deux heures. Paroles et musique. Et comme le dira Yves Simon :
Tout en picking sur les cordes de ma guitare Epiphone, parce que je voulais la même douceur que celle du scénario

Pour l’heure, la bonne nouvelle c’est de réaliser que cet album tribute, donne à la fois l’envie de replonger dans les chansons d’Yves Simon qui ne se sont jamais perdues loin de notre champ hexagonal.
Et de retrouver Christine and The Queens. De se rappeler que sur son premier EP (2012) la chanson "Amazoniaque" était la seule que Christine chantait en français, et qu’il y a là comme une symbolique.
Comme si celui qui a si bien écrit sur la compagnie des femmes avait offert à Christine and The Queens, cette créature née de l’hybridité, une identité culturelle où l’histoire patrimoniale irrigue la langue de la chanteuse performeuse.
Cet "Amazoniaque" enregistré par Yves Simon en 1983, donnait à la reine Christine l’occasion de s’immerger dans les prémices de l’électronique adaptée à la chanson française, de la réinvestir, pour en faire une chanson définitivement hypnotique, dont les contours gainsbouriens s’évaporaient au profit d’une identité presque "afro hip-hop".

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