Originaire de France, Jérôme Minière vit depuis plus de 20 années au Québec. Et avec son nouvel album, il s’inscrit dans une dimension sentimentale et mystique à la fois.

Retour en beauté pour Jérôme Minière avec l'album « Une clairière »
Retour en beauté pour Jérôme Minière avec l'album « Une clairière » © FélixeMinière

La vitalité de la scène francophone québécoise est aussi forte qu’en France. Le Québec libre en musique c’est Hubert Lenoir, le rappeur Loud ou le groupe les Louanges qui vient de recevoir le prix Félix Leclerc cette semaine. Mais, « le Québec plus libre tu meurs » est aussi finalement personnifié par Jérôme Minière, auteur compositeur interprète, qui a choisi le Québec comme terre d’inspiration, après avoir suivi des études de cinéma en Belgique. 

Ouvrir la voie, et la voix parfois, vous fait prendre le risque d’être dépassé. Parce qu’il n’est jamais aisé d’être en avance, surtout quand vous êtes comme Jérôme Minière profondément attaché à votre indépendance et à votre capacité à être, encore et toujours, dans l’expérimentation. 

Jérôme Minière a ouvert bien des chemins de modernité sur le sentier pourtant bien balisé de la chanson francophone. En premier lieu, en étant l’un des orfèvres de ses albums de chambre, comprenez subtilement bricolé dans une forme où le talk over (le parlé chanté ) prenait lit sur un sommier de collages électroniques, entre trip hop bristolien et pop minimaliste. Aujourd’hui, les fondamentaux restent même si les orchestrations luxuriantes sont au service de ce don d’observation.

Ce titre qui ouvre le nouvel album de Jérôme Minière était déjà présent dans son précédent disque qui est sorti en décembre dernier uniquement au Québec, preuve que l’artiste traverse une phase très prolixe.

Au risque de prononcer le qualificatif : artiste entier et total qui peut faire sourire, il y a tout de même de cela chez Minière. En 2004, il avait déjà publié un disque où il créait son double imaginaire, un certain Herri Kopter englué dans la logique impitoyable de l’économie de marché. Il abordait déjà le désastre écologique dans un style proprement kafkaien. Jérôme Minière amoureux des mots, a aussi adapté Fernando Pessoa, Paul Eluard ou Louis Aragon. Il est l’auteur d’un premier roman déroutant mais finalement hypnotique « L’enfance de l’art »

Jérôme Minière explique cette profusion créative par la crise de la quarantaine. Il se déleste du passé, quitte son label, expérimente une épicerie musicale pour traduire le circuit court en chansons. Il dit : 

Je ne cherche plus la nouveauté, mais la beauté...

Dans son nouvel album, Jérôme Minière en fait une pièce majeure. Une sorte de manifeste qui interroge le désir, l’engagement, l’amour, l’art. Et, il dit finalement :

Tout a changé,  sauf la beauté.

Avec « Une clairière », Jérôme Minière s’inscrit dans une dimension sentimentale et mystique à la fois. Parfaitement illustrée par la chanson qui vient d’entrer en play-list sur France inter pour l’été. Dans un monde hyper connecté, nous sommes une multitude, soit-disant unanimes et pseudonymes. C’est si bien dit, avec le spleen romantique d’un Burt Bacharach allégé, et la voix mélancolique, juvénile de ce garçon de 44 ans qui nous saisit par sa lucidité, cette fois éthérée pour mieux faire passer le message. C’est l’histoire d’un homme qui a toujours l’appétit de ce qui est juste, le gout de ce qui est vaste.

Des réserves, Minière il en a, et c’est sûrement pour cette raison qu’il a signé sur le label Objet Disque pour ne pas perdre de vue l’essentiel. La musique, c’est du réel, du physique et du désir, même si parfois il peut se prétendre obscur, c’est chez lui, pour mieux éclairer le désir.

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