"Intense", "coup de poing", "rugissant", voici quelques uns de qualificatifs employés par la presse musicale pour parler de "Fetch the Bolt Cutters", le nouvel album de Fiona Apple.

L'auteure-compositrice-interprète, Fiona Apple sur scène lors des Austin Music Awards à l'ACL Live le 28 février 2018 à Austin, Texas.
L'auteure-compositrice-interprète, Fiona Apple sur scène lors des Austin Music Awards à l'ACL Live le 28 février 2018 à Austin, Texas. © Getty / Rick Kern / WireImage

Fiona Apple a expliqué en sortant Fetch the bolt cutters : 

cette période ne signifie rien pour moi, à titre personnel parce que rien n’a changé »

Puisque cet album a été conçu durant quatre ans de confinement volontaire et anticipé, pas étonnant quand on sait que, lorsqu’elle a commencé à chanter, sa mère lui avait suggéré de prendre pour pseudo Fiona Lone précisément car elle aime être isolée et ses débuts justement parlons-en.

Shadowboxer sorti en 96, elle a alors 19 ans et il y est déjà question de relations toxiques et de vulnérabilité, c’est le premier single de l’album Tidal largement salué par la critique suivie par le public.

L’année suivante, Fiona Apple est couronnée du titre de "Meilleure nouvelle artiste" pour son titre Sleep to dream aux MTV Video Music Awards et profite de la cérémonie pour dire ceci en substance :

Ce monde, c’est de la connerie, vous ne devriez pas modeler votre vie sur ce que nous pensons être cool, et ce que nous portons et ce que nous disons » 

Un discours qui ne passe pas inaperçu au royaume de l’entertainment qui, de toute évidence, n’avait pas bien prêté attention à la profondeur, voire la gravité des textes de Fiona Apple

Dans Sullen Girl, il est question du viol dont elle a été victime à l’âge de 12 ans et la chanteuse de se demander dans cette chanson pourquoi on l’appelle la fille morose. En 1999, fidèle à son Go with yourself, elle sort un deuxième album, dont je ne me risquerai pas à vous lire le titre en entier, j’en laisse le soin à l’intéressée.

Un album plus communément appelé When the pawn emmené par ce titre dans lequel il est encore question de pouvoir dans une relation amoureuse Fast As You Can.

La suite se fait plus chaotique entre conflit avec sa maison de disques, isolement, fragilité  et aussi sans doute tribu qu’on fait payer aux jeunes femmes un peu trop franche du collier et sans doute de ce fait difficile à classer.

Ce qui ne l’empêche pas d’enregistrer en 2002 avec Johnny Cash, ni de sortir deux albums remarquables.

Revoilà donc aujourd’hui Fiona Apple avec Fetch the Bolt Cutters, soit littéralement "Allez chercher les coupes boulons", titre un peu cryptique qui renvoie à une scène de la série britannique The Fall, dans laquelle Gillian Anderson incarne une enquêtrice spécialisée dans les crimes sexuels et qui prononce donc cette phrase.

Alors qu’elle se trouve face à la porte verrouillée d’une pièce dans laquelle une fille a été torturée, titre programmatique et annonciateur d’une prose cinglante dans laquelle on retrouve des thématiques qui traverse l’œuvre de la chanteuse la santé mentale, la masculinité souvent toxique ou encore Nosur, ce For Her inspiré par le mouvement #MeToo et les nombreuses violence sexuelle infligées aux femmes.

Fetch the bolt cutters un album dont Fiona Apple dit qu’il est entièrement irrigué par l’envie, l’idée de ne pas avoir peur de parler et entièrement orchestré dans et par la maison dans laquelle elle est enfermée. 

Et pour terminer, une question : vous êtes vous déjà retrouvé assise, lors d’un dîner durant lequel on vous empêche de parler à grand renfort de coup de pieds sous la table au motif que vous parlez trop fort, de manière trop abrupte et que ça ne se fait pas en certaines compagnies ?

C’est exactement ce que raconte, avec verve et flow  ce titre de Fiona Apple Under the table.

Fiona Apple, "Fetch the Bolt Cutters" - Label : Sony/Epic

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