Vendredi sur Mer (Charline Mignot pour l’état civil) est une jeune artiste originaire de Suisse. Après un premier EP "Marée basse" en 2017, elle révèle son premier album et ces premiers émois, ce sont ses fragments du discours amoureux en 2019 appliqués à la pop streamée.

Vendredi sur Mer, en concert lors du festival Woodstower 2018
Vendredi sur Mer, en concert lors du festival Woodstower 2018 © Maxppp / Philippe Juste

Roland Barthes écrivait :

Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l’autre. C’est comme si j’avais des mots en guise de doigts, ou des doigts au bout de mes mots. Mon langage tremble de désir.

La langue de Vendredi sur Mer tremble de désirs ardents... De désirs sans genre mais toujours avec beaucoup d’identité. De la photographie à la chanson, c’est l’histoire d’un parcours artistique et de ce premier album qui donne de belles images, plutôt en couleurs, aux sentiments amoureux. 

Et pour donner des images à la radio, il faut commencer par le commencement, en parlant de la pochette de l’album qui déjà indique et revendique une esthétique, inspirée lointainement de la Vénus de Botticelli, c’est une venus callipyge, légèrement vêtue d’une nuisette rose et perlée qui semble nous regarder fixement. 

Cette Aphrodite assise confortablement dans son époque et son coquillage est d’abord une jeune fille d’aujourd’hui, qui nous ouvre ses cahiers intimes et sa vision de la confusion des sentiments. Elle écrit plus qu’elle ne chante. Et elle en fait un sitcom électronique où les claviers mélancoliques de Vladimir Cosma semblent vouloir ré-enchanter la douce nostalgie des petites musiques de Philippe Sarde.

On pense aussi beaucoup au cinéma en écoutant ce premier album, et de Philippe Sarde on arrive directement aux choses de la vie.
Car finalement c’est bien de cela dont il s’agit. Une curieuse mosaïque faite de petits riens, et de détails simples mais bouleversants de vérités. Une foule de sentiments, d’amour, de ruptures, parfois d’actes manqués. 

C’est toujours dit de façon sexy et un peu mélancolique. Comme dans un film érotique que l’on n’ose pas regarder parce qu’il est en accès libre et que c’est forcément toujours un peu triste. 

Vendredi sur Mer est une terre de contraste. On sent confusément que Charline Mignot avant d’être Vendredi sur Mer, a beaucoup écouté Renaud. Elle écrit par exemple : « je t’aime trop tôt » comme dans une chanson de la tendre teigne aux cheveux jaunes. 

Mais le rose de sa nuisette ne se conjugue pas forcément à l’eau de rose. Vendredi sur Mer ne lève pas pour autant le poing de la colère. Elle écrit des chansons d’amour qui n’évitent pas la vérité, et n’épargnent jamais son sujet principal. Comme dans les débuts d’une certaine Mylène Farmer période Cendre de lune.

Vendredi sur Mer qui dit aimer « le spleen et les chagrins d’amour ». Chagrin d’amour qui nous renvoie évidemment aussi au groupe du même nom emmené par Valli et Gregory Ken dans les années 1980.

L’ambiance et l’inspiration y étaient largement plus barrées, subversives et surréalistes. Mais il n’empêche que le style du talk over, ce fameux parlé-chanté, il vient de là, il vient du même désir de raconter son époque et ses émois intimes, comme dans cette chanson qui traduit la nostalgie par l’image d’un chewing-gum gum collé sous les tables. C’est aussi simple que juste.

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