« Play » de Moby est un album qui a marqué à la fois l’histoire de la musique électronique et celle du répertoire pop…

Richard Melville Hall, dit Moby, auteur-compositeur-interprète, chanteur, musicien, producteur, DJ et photographe le 6 décembre 2019 à Burbank, Californie.
Richard Melville Hall, dit Moby, auteur-compositeur-interprète, chanteur, musicien, producteur, DJ et photographe le 6 décembre 2019 à Burbank, Californie. © Getty / Paul Archuleta

C’est le disque qui s’est le plus vendu en 1999. Écoulé à plus de 20 millions d’exemplaires dans le monde, à une époque où l’on peut encore chiffrer les ventes de disques et où la musique n’est pas encore devenue le streaming et le téléchargement. 

Ce succès est dû à un pari fou qui n’était pourtant pas gagné au moment de sa conception. 

Richard Melville Hall à l’état civil, Moby est un musicien new-yorkais dont un de ses lointains grands-oncles serait Herman Melville, l’auteur de « Moby Dick », d’où son pseudonyme. Ses premières expériences musicales aux débuts des années 80 sont plutôt tournées vers le punk mais ses activités de DJ vont l’ouvrir vers d’autres styles et le conduire à emprunter les sentiers de la musique électronique. 

Ses performances scéniques lui donnent une notoriété croissante qui lui permet surtout de sortir des disques dont il sortira un tube, « Go », un hymne techno en 1991. Puis sortiront deux albums où Moby se cherche encore entre punk-rock et électro. Le succès n’est pas encore au rendez-vous.  Jusqu’à ce 1er juin 1999, date de la parution de l’album « Play »… 

Au moment d’envisager l’enregistrement de « Play », Moby tombe sur un coffret de disques intitulé « Songs of the South : a musical journey from the Georgia sea islands to the Mississippi Delta », une collection d’enregistrements de vieux chants blues récoltés sur le terrain par l’ethnomusicologue John Lomax et son fils Alan. 

Durant les années 30, ces derniers faisaient chanter en rase campagne, dans les plantations ou dans les fermes-prisons des détenus où les noirs sont souvent surreprésentés. 

Moby a l’idée d’utiliser ces enregistrements tels quels pour les habiller de sons électroniques. A la fin des années 90, cette démarche est totalement inédite, voire même révolutionnaire. Beaucoup y voient dans ce mariage contre-nature entre le blues, le gospel et les sonorités électroniques une initiative sacrilège. Mais ce concept très nouveau va se révéler payant. Voire extrêmement payant ! 

Parmi les sons archivés par les Lomax, la chanson « Trouble so hard » enregistrée en 1937 par Vera Hall qui, réarrangée par Moby, deviendra « Natural blues »… 

Avant de connaître ce succès planétaire, Moby s’était vu refuser son travail par toutes les maisons de disques qu’il avait sollicitées. Lorsque le label V2 finit par le signer, c’est avec le timide espoir d’en écouler au moins 250.000 exemplaires, ce qui, en 1999, est plutôt modeste. Mais Moby est ambitieux, et une fois le disque sorti, il décide de faire le VRP lui-même et continue à démarcher le secteur des shows télévisés, des pubs et du cinéma. 

Résultat, les ventes de l’album « Play » décolleront de façon fulgurante au point de squatter les classements britanniques pendant plus de 80 semaines ! 

Moby réussira, grâce à ce disque, un pari inimaginable jusqu’alors : celui de faire rentrer l’esprit de la musique électronique dans l’univers de la pop. 

« Porcelain » a été le générique de l’émission de Gérard Lefort « A toute allure » sur France Inter. 

Moby : album « Play » (V2 / Mute Records) 

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