Ce qui frappe tout de suite à l’écoute des morceaux de Her, c’est cette recherche de l’authenticité, d’être au plus juste et au plus près de la vibration éternelle d’artistes comme Otis Redding, Al Green, Shuggie Otis, ou encore Sam Cooke...

Le goupe Her en 2017
Le goupe Her en 2017 © AFP / Valeriy Melnikov / Sputnik

De cette relecture acoustique du standard " A Change Is Gonna Come " de Sam Cooke, au premier album de Her qui sort aujourd’hui, il y a aussi le passage de leur musique dans notre 21ème siècle. Avec les outils de la musique d’aujourd’hui : les ordinateurs, la musique électronique, les boucles, la répétition, les nappes atmosphérique dub step parfois glaçantes d’une soul blanche, qui aime ce choc thermique entre l’organique et l’électronique.

Ce premier album de Her commencé à deux dans une sorte de fusion extrême, Victor Solf aura dû l’achever malheureusement sans son alter ego musical. Et dans le disque on y retrouve par exemple ce titre, le seul en français, où le groupe Her, désigne les réseaux sociaux comme l’un des maux de ce siècle. La course aux followers, au nombre de vues sur Internet, qui engagent la musique dans une forme de surenchère, très loin de l’impérieuse nécessité de la musique soul qui exige de s’élever dans une forme de spiritualité tout en n’oubliant pas l’essentiel. Une forme de combat pour la justice, l’égalité et le respect de soi à partir de celui d’autrui. Que Her choisisse un rappeur, particulièrement actif sur les réseaux sociaux, Roméo Elvis pour donner le change, illustre bien ce cap tenu par le groupe. Être bien assis dans son époque, en combattant la passivité qu’engendre ce vertige virtuel.

Il y a aussi un titre qui a été fait après la disparition de Simon Carpentier qui s’intitule « Icarus ». Où Victor chante : tu fais encore partie de moi, tu es juste parti de l’autre côté... Le féministe Victor Solf peut reprendre à sa guise la phrase de Boris Cyrulnik : La musique possède un pouvoir de résilience puisqu’elle peut faire revenir une émotion passée et en permettre le remaniement par la maîtrise du chant et des souvenirs associés...

Poursuivre la route, rester dans le lien. Abolir les frontières, transcender les séparations volontaires. Si comme Robert Schuman le disait : la musique est ce qui nous permet de nous entretenir avec l’au-delà... Her, aujourd’hui avec ce premier album élégant et parfaitement maîtrisé, fait la démonstration que la musique n’est jamais aussi bonne que lorsqu’elle produit à la fois de l’intégrité, donc de l’humilité avec de l’exigence et de l’ambition. De ces vents à priori contraires poussés par la même énergie de transcendance, sort un grand album.

Le groupe Her sera  en concert sur France Inter le 13 avril prochain dans Foule sentimentale. 

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