Baxter Dury, ce n'est pas vraiment un inconnu pour les fans de pop anglo-saxonne, c'est le fils de Ian Dury, l'auteur de la célèbre maxime autodestructrice "Sex and drugs and rock'n'roll". Et sa voix vous est aussi familière parce que ce disque, c'est déjà son sixième !

Le musicien et chanteur Baxter Dury, au Greenman Festival le 18 août 2018 à Brecon, (Pays de Galles)
Le musicien et chanteur Baxter Dury, au Greenman Festival le 18 août 2018 à Brecon, (Pays de Galles) © Getty / Andrew Benge / Redferns

Avec le nouvel album de Baxter Dury, « The Night Chancers », est un disque qui  prolonge encore un peu la nuit. 

Six albums, ça commence à compter et pourtant, il aura fallu la mort de son père au début du nouveau millénaire pour que Baxter Dury s'autorise à marcher dans ses pas et atteindre la notoriété, avec cette chanson.

« Claire », un extrait de « Happy Soup » en 2011, un album avec lequel Baxter Dury laisse tomber le psychédélisme pour se réinventer en crooner désabusé.

Crooner, dandy, ce sont les mots qui reviennent les plus souvent quand on évoque ce londonien à la voix grave : un dandy toujours vêtu en costume blanc, toujours entouré de musiciennes et de choristes et toujours avec cette posture entre nonchalance et arrogance !

Un Baxter Dury, qu'on l'avait laissé en larmes, dévasté par un immense chagrin d'amour sur son précédent disque « Prince Of Tears », et qu'on retrouve 3 ans après, un peu plus mordant mais pas vraiment glamour.

« Slumlord », soit le roi des poubelles avec un clip délirant où Baxter Dury apparaît totalement débraillé, en marcel dégueulasse et chaîne en or, plus glauque tu meurs...

Non, décidément, le temps ne fait rien à l'affaire, la chair est triste et ce misanthrope le sait mieux que quiconque !

Et pourtant, ce n'est pas faute d'essayer de se reconstruire, de s'intégrer comme il dit « dans ce monde moderne en évitant le barbelé entre la jeunesse et la maturité »... Mais ses démons ont vite fait de le rattraper !

Pour les dix titres de « The Night Chancers », Baxter Dury a imaginé une narration cinématographique : dix courts métrages, dix chroniques lucides et ironiques des heures de la nuit. 

On y croise de tout : ces Night Chancers qu'on pourrait traduire par les insomniaques, ceux qui profitent de la nuit pour révéler leur part d'ombre. Ces haters, ces blogueurs, ces loosers, ces solitaires, ces victimes de la mode et des sentiments... 

Vanité, tout n'est que vanité, entend on, en sous-texte dans « Sleep People » ou dans « I'm Not Your dog »

Avec ces quelques phrases en français car c'est à l'hôtel Amour à Paris que cet album aurait vu le jour ou plutôt la nuit...  Paris, la France avec laquelle Baxter Dury vit peut-être sa seule histoire d'amour qui ne soit pas douloureuse ou décevante.

On devine que cet album a été écrit après une énième fête décadente, la fête de trop sans doute, celles où les rencontres ne se font pas et où l'on reste sur sa faim. 

Et même s'il qualifie ses chansons de « petites mélodies avec beaucoup d'honnêteté », il faut reconnaître à ce milord de la pop, le talent d'avoir créer, album après album, un vrai son, un son très personnel !

Un son avec des basses ronflantes, des chœurs féminins faussement ingénus et ce chant de plus en plus fatigué, de plus en plus Gainsbourien, 

Un funk moite et mélancolique qui est devenu sa signature autant que son irrésistible accent cockney ! 

Alors, même s'il a séché ses larmes, même s'il joue les gouailleurs, on entend bien que Baxter Dury traîne toujours son mal de vivre, sa gueule de bois est aussi amoureuse que métaphysique mais il a beaucoup trop de classe pour nous le reprocher.

Baxter Dury - "The Night Chancers" (Pias)

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