Par Sara Ghibaudo

L'anc ien porte-parole du Nouveau parti anti-capitaliste a remporté hier son procès contre l'ancien distributeur français du Taser, qui écope de 15 mois de prison avec sursis.

Pendant la campagne présidentielle de 2007, Olivier Besancenot avait critiqué le pistolet à décharge électrique et le patron, furieux, avait porté plainte en diffamation. Un procès qu'il a perdu. Il avait aussi recruté un détective privé.

Antoine di Zazzo voulait seulement savoir où habitait Olivier Besancenot pour l'assigner en justice : c'est ce qu'il prétend, mais le tribunal correctionnel de Paris ne l'a pas cru. En tous cas, le détective recruté, ancien policier comme souvent, ne s'est pas contenté de remplacer les pages jaunes. Filature, photos de l'homme politique avec sa compagne et leur garçonnet, consultation de fichiers de police et de comptes bancaires… Il a sorti le grand jeu. « Mon client voulait absolument savoir si Olivier Besancenot roulait en Porsche Cayenne » a-t-il raconté. Et non, Olivier Besancenot avait une Peugeot 106. Antoine Di Zazzo va faire appel et assure qu'il ignorait tout des méthodes du détective.

Antoine di Zazzo : « J’ai jamais ordonné quoi que ce soit donc c’est une décision totalement incompréhensible

  • Sara Ghibuado : Quand on fait appel à ce genre d’officines, Monsieur di Zazzo, est-ce qu’on peut vraiment ignorer leurs méthodes ?

Antoine di Zazzo : Je ne connais pas les méthodes de ces officines, je me suis contenté de demander un relevé cadastral et après, on m’a proposé de dire si monsieur Besancenot roulait en Porsche Cayenne. Oui ça m’intéresse, sans plus. »

9 autres personnes qui ont participé à cette enquête privée ont été condamnées à des peines de prison avec sursis. Parmi eux, des policiers, un agent des douanes, un agent des impôts, deux employés de banque. Pour Antoine Comte, l'avocat d'Olivier Besancenot, ce jugement est exemplaire

Antoine Comte : « Ce que mes clients attendaient, c’est une décision de principe, c'est-à-dire que les personnes qui ont participé à cet espionnage soient sanctionnées. La personne qui, de notre point de vue, a toujours donné les ordres pour que cet espionnage se fasse est également sanctionnée. Nous voulons qu’il y ait un coup d’arrêt donné à cette facilité avec laquelle, dans ce pays, on espionne soit les salariés, soit les dirigeants syndicaux, soit les hommes politiques. Il faut que cela cesse. Et au-delà [de cette question], il y a une autre question à laquelle j’aimerais vraiment que l’on réfléchisse : c’est savoir ce que l’on fait de cette profession de détective privé. »

- Mais le tribunal n'est pas allé jusque là. Il n'a pas suivi Olivier Besancenot qui voulait faire condamner en quelque sorte la profession de détective privé.

Il voulait faire condamner le principe même d'enquêter sur lui. Là, les détectives privés sont seulement sanctionnés pour s'être procuré et avoir divulgué des informations réservées à la police ou aux banques. Pour Jean-Pierre Cahen, l'avocat du détective, la profession n'est donc pas menacée.

Jean-Pierre Cahen : « Cela n’a rien à voir avec l’activité de détective privé. Il a été condamné pour un certain nombre de faits qui ont été jugés illégaux mais qui ne remettent pas en cause l’activité des détectives privés. Donc moi je considère d’une certaine manière de monsieur Besancenot a perdu dans sa croisade vis-à-vis des détectives privés ».

Lors du procès Besancenot, un avocat adverse a cherché à minimiser l'affaire en disant « ces pratiques, c'est la routine, tous les cocus vont dans ces cabinets privés ». En attendant, les détectives privés continuent d'occuper la justice. Des enquêtes sont en cours chez Ikea, Castorama... Et l’on attend la semaine prochaine le jugement en appel d'EDF, accusée d'avoir espionné Greenpeace.

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