Nous entretenons tous une double relation d'attraction / répulsion avec le faits divers. Et si cette rubrique n'était finalement pas un vecteur de cohésion dans notre société ?

Une psychanalyse du fait divers
Une psychanalyse du fait divers © Getty / George Mdivanian / EyeEm

Le fait divers est la rubrique qu'on adore détester.  Si on en croit les sondages qualitatifs, les lecteurs, auditeurs, téléspectateurs n'aiment pas le fait divers.  Mais si on se réfère aux chiffres d'audience et de consultation des pages internet, le fait divers est sur tous les podiums.  Pourquoi aimons nous les faits divers mais avons-nous honte de le dire ? Est-ce que le fait divers nous fait du mal ou nous fait du bien ? 

"Il nous attire parce qu'il y a toujours une part d'étrangeté" estime le psychanalyste et écrivain Patrick Avrane, "il s'agit de ce que, à aucun moment, nous ne voudrions subir ou nous pensons ne jamais pouvoir faire". L'auteur d'un fait divers est finalement le criminel que nous ne sommes pas. "Chez un criminel, les barrières sociales qui sont les nôtres ont sauté" prolonge Patrick Avrane. "C'est pour cela que les faits divers sont exemplaires, non pas parce qu'il s'agit de suivre leur exemple, mais qu'ils sont justement l'exemple à ne pas suivre". Mais le fait divers est également rassurant parce qu'il nous dit "c'est pas à moi que c'est arrivé, donc, je peux en parler". 

Quant à notre honte à dire qu'on aime le fait divers, Patrick Avrane se souvient du jour où il est allé acheter Détective dans son petit village d'Auvergne, "la vendeure de journaux me l'a caché dans La Montagne en disant 'c'est le pire des journaux, je ne peux pas vous laisser sortir avec ça'. Il y a une honte a regarder les faits divers de près mais il y a aussi une nécessite parce qu'ils sont ce sur quoi on peut échanger avec les autres, ça permet une cohésion". 

Patrick Avrane publie "Les faits divers, une psychanalyse" aux Presses Universitaires de France. Le fait divers sera également samedi au cœur d'une table ronde organisée à Brest à 15h30, dans le cadre du Festival Longueur d'Ondes avec Julie Brafman de Libération et enquêtrice pour l’émission Faites entrer l'accusé, et Anne-Claude Ambroise-Rendu, spécialiste d’histoire et de justice. 

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