Ernest-Antoine Seillière, 2008
Ernest-Antoine Seillière, 2008 © MEDEF

Le quotidien Libération l'a révélé ce mercredi : un ancien cadre a porté plainte pour délit d'initié, manipulation de cours et abus de biens sociaux. Il dénonce les « acrobaties financières » qui ont enrichi les dirigeants de Wendel. Une plainte qui s’ajoute aux poursuites pour fraude fiscale ouvertes à la mi-avril. Ce matin, suite d'une chronique judiciaire qui n'est pas du tout pour plaire aux descendants des maîtres de Forge.

Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire après la plainte de ce cadre licencié en 2009. Comme une quinzaine de dirigeants, il avait acquis un joli paquet d'actions Wendel. Wendel, avec Ernest-Antoine Seillière, est devenu une sorte de fond d'investissement.

En 2007, Wendel monte au capital de Saint-Gobain en cachette, ce qui lui vaudra une condamnation de l'AMF (l'Autorité des Marchés Financiers). 2007, c'est aussi le début de la crise des subprimes. Le cours de Saint-Gobain plonge et entraine celui de Wendel dans sa chute. Les dirigeants n'ont pas le droit de vendre leurs actions : comme ils sont les seuls à savoir qu'ils ont acheté beaucoup de Saint-Gobain, ce serait du délit d'initié. Ils regardent leur fortune fondre.

Mais deux patrons sauvent leur cassette : le président du directoire, Jean-Bernard Lafonta, réussit quand même à vendre à un bon prix grâce à un montage astucieux fignolé par la banque JP Morgan.

D'après le plaignant, Ernest-Antoine Seillière a commencé par "critiquer sévèrement la fraude de Jean-Bernard Lafonta ", avant d'avouer qu'il avait fait la même chose.

Quand les autres cadres pourront se désengager six mois plus tard, l'action aura perdu les trois quarts de sa valeur. Notre cadre, qui se bat en justice depuis deux ans, est ruiné.

Il accuse encore Jean-Bernard Lafonta d'avoir trompé les marchés en 2009. C'est ainsi que Lafonta aurait à nouveau vendu des actions à bon prix, juste avant de quitter le groupe Wendel que l'opération Saint-Gobain a quasiment ruiné. Enfin, certains dirigeants se seraient accordés en catimini une confortable retraite chapeau.

  • Voilà qui devrait mettre de l'ambiance lundi lors de l'Assemblée générale du groupe Wendel et alors qu'une cousine d'Ernest-Antoine Seillière a déjà semé la zizanie

Sophie Boegner aura sans doute à nouveau des questions à poser. Cette ancienne administratrice, virée parce qu'elle posait trop de questions, avait porté plainte pour abus de biens sociaux en 2008.

Elle conteste la façon dont les dirigeants se sont enrichis au détriment, selon elle, des actionnaires familiaux. Ils sont un millier, héritiers des maîtres de forge, un bottin mondain de la noblesse française -Noailles, Broglie, La Rochefoucauld ou Seillière-Laborde- et ils n'avaient jamais vu cela. L’un des leurs, l'ancien patron du MEDEF Ernest-Antoine Seillière, convoqué chez le juge Renaud Van Ruymbecke. L'honneur de Wendel paraissait sauvé l'année dernière quand le juge a rendu un non-lieu. Il a estimé que le montage financier qui a permis à l'équipe dirigeante de faire fortune n'était pénalement pas répréhensible.

Mais l'administration fiscale a fini par se réveiller. Intriguée par ce montage complexe qui passe par le Luxembourg, elle soupçonne un abus de droit et que l'objectif était bien d'échapper à l'impôt. Les dirigeants se sont vus notifier le mois dernier un redressement à plus de 200 millions d'euros et risquent d'être renvoyés en correctionnelle pour fraude fiscale. Ils pourraient aussi, finalement, y laisser leur fortune.

Une chronique de Sara Ghibaudo

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