Emmanuel Macron vient de faire usage, pour la première fois, de son droit de grâce. Un pouvoir régalien de plus en plus rarement utilisé.

Il y a eu, en 2017, plus de 1000 demandes de grâce auprès du président de la République. Aucune n'a été accordée. Le nombre a drastiquement chuté sous le quinquennat Hollande, comme si cette survivance du pouvoir du roi était devenue anachronique.

Mais parfois, il n'y a pas d'autre solution. C'est le cas pour Marie Claire F. Cette ancienne prostituée a été condamnée en 73 puis en 88, à chaque fois pour avoir tué un client violent. Lors de son 2e procès aux Antilles, les experts diagnostiquent des troubles mentaux, mais la cour d'assises la condamne à la perpétuité. Elle est transférée à Rennes pour purger sa peine. En 1997, face à ses graves troubles psychiatriques (elle tente de se suicider plusieurs fois) elle est transférée à l'hôpital psychiatrique de Rennes, qu'elle n'a plus quitté depuis.

Un profil qui fait peur

Depuis 97, toutes ses demandes, de grâce puis de libération conditionnelle, sont rejetées; certaines étaient pourtant formulées par l'administration pénitentiaire elle-même, appuyée par les médecins. "C'est un profil qui fait peur, explique son avocate, Virginie Bianchi. Imaginez : elle est criminelle, et malade mentale.. Ceux qui la connaissent, la côtoient, savent qu'elle n'a rien à faire en prison. Mais ceux qui décident ont eu peur." En 2015, Virginie Bianchi se résout donc à demander, à nouveau, la grâce présidentielle de la dernière chance.

"C'est compliqué de demander une grâce. On envoie une lettre au président, et on attend... On met le destin de quelqu'un entre les mains d'une seule personne. Mais je n'avais pas d'autre recours : Marie-Claire pourrait demander une libération conditionnelle. Mais pour cela, il faudrait qu'elle retourne en détention pour être évaluée. Et ça, c'est impossible, ses médecins disent qu'elle s'effondrerait" dit Virginie Bianchi.

Cette fois, après 3 ans d'attente (François Hollande n'avait pas répondu) la grâce est accordée : Emmanuel Macron a commué la perpétuité de Marie-Claire en une peine de 20 ans de réclusion.

Aller voir la mer

Aux dires de ses médecins, vu sa pathologie très lourde (dépression chronique, tendances suicidaires notamment), Marie-Claire restera internée en psychiatrie jusqu'à la fin de ses jours. Mais sans ce statut de condamnée à perpétuité, elle aura droit à des sorties, accompagnée d’infirmiers psychaitriques, comme les autres malades.

Anne était aumônier catholique à l'hôpital, elle connait Marie-Claire depuis 20 ans. Elle l'a accompagnée dans ce long combat, c’est elle qui lui annoncé la grâce, vendredi dernier. 

« On lui a demandé quelle était la première chose qu’elle aurait envie de faire, en sortant de l’hôpital. Elle a dit : aller voir la mer… Elle déteste l’hiver, chaque année elle attend l’été, elle parle de la mer aux Antilles… Ces petits bonheurs de la vie, aller à la mer, aller faire ses courses, s’acheter son parfum, ses habits, elle en est privée depuis 33 ans… ça va lui faire un grand bonheur, c’est sûr. »

Ce n'est pas pour demain : il faut maintenant saisir le juge d'application des peines de Rennes, pour demander une permission. Mais la ballade à la mer n'a jamais été aussi proche pour Marie-Claire.

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