Le juge Trévidic est chargé de l'enquête sur l'attentat de Karachi
Le juge Trévidic est chargé de l'enquête sur l'attentat de Karachi © maxppp

On se glisse ce matin dans les coulisses du secret-défense, qui « verrouille » les affaires sensibles comme dans l’attentat de Karachi le 8 mai 2002 qui avait fait 14 morts, dont 11 employés français de la Direction des constructions navales.

C'est une information France Inter: le juge Trévidic qui enquête sur l’attentat de Karachi vient d’obtenir un moyen pour tenter de percer ce fameux secret-défense.

Et cela n’a pas été simple, parce que le problème numéro 1 dans l'affaire Karachi, c'est bien le secret-défense, derrière lequel se retranchent des témoins clés, concernant un mystérieux personnage au cœur de l'enquête : le saoudien cheikh Ali Ben Moussalem, soupçonné d'être le commanditaire de l'attentat de Karachi.

Pour contourner ce mur du secret, une avocate des parties civiles a demandé à la Commission consultative du secret de la défense nationale de voir ce que ces fameux témoins avaient à dire, de les entendre et ensuite éventuellement de déclassifier leur parole, alors qu’habituellement, cette commission donne un avis sur la déclassification de documents classés secret-défense.

Mais en février dernier la Commission refuse, estimant que cette option n’est pas permise par les textes en vigueur. D’où l’incompréhension de Gilles Sanson, blessé dans l'attentat :

0'22

Le cinq sept 2013 - SON DLP Gilles sanson

« Je ne comprends pas du tout cette position de la Commission consultative du secret de la défense nationale qui refuse purement et simplement d’exercer ses prérogatives et d’user de ses pouvoirs d’investigation. Je trouve ça complètement scandaleux. De qui et de quoi a-t-on peur dans cette affaire ? C’est la véritable question qu’on se pose actuellement. Rien n’interdit à cette Commission de faire des investigations concernant cheick Ali Ben Moussalem. »

Mais finalement une solution a donc bien été trouvée pour contourner le véto de cette commission

Selon nos informations, le rebondissement s’est produit le 9 mars dernier, dans un courrier du ministre de l’Intérieur adressé au juge Marc Trévidic. Bernard Cazeneuve désavoue en quelque sorte la commission du secret-défense, expliquant qu’il « ne partage pas son raisonnement. »

Une solution est finalement trouvée avec le juge antiterroriste : les personnes qui se retranchaient jusqu'ici derrière le secret-défense dans le bureau du juge vont témoigner par écrit auprès des services de renseignement : leurs témoignages seront ensuite classifiés par le Ministère de l'Intérieur, la Commission du secret-défense donnera ensuite un avis, un simple avis, sur le contenu de ces témoignages, comme elle le fait habituellement pour des documents et ensuite, c’est le ministère de l’Intérieur qui décidera ou non de déclassifier le contenu de ces témoignages. Une brèche dans le secret-défense pourl'avocate Marie Dosé à l'origine de cette demande :

0'39

Le cinq sept 2013 - SON 2 DLP Marie Dosé

On rend palpable et puis on fait vivre l’information qui n’est pas dans un document. Elle va le devenir. Grâce au travail d’un magistrat instructeur et des victimes, elle va être fixée dans un document qui va pouvoir être déclassifié ou pas. Et puis, dans ce dossier-là, on en a véritablement besoin parce que les services nous affirment qu’il n’y a aucun document sur Ben Moussalem. Ben Moussalem est la clé de ce dossier. Mais par contre, on a la preuve qu’ils ont travaillé notamment en 1995, sur lui. Ils assurent qu’il ne reste plus aucun document. Est-ce que ça a été détruit ? C’est possible. Par contre, ce n’est pas parce qu’il n’y a plus de documents qu’il n’y a pas d’information. Les informateurs existent, donc ils sont détenteurs en leur for intérieur d’informations couvertes par le secret-défense. C’est ça qu’on essaye de déclassifier et on va y arriver !

Désormais, ces témoins qui vont bientôt témoigner par écrit n'auront donc plus aucune raison valable d'invoquer le secret-défense dans l'affaire Karachi.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.