Il parle de torts partagés, elle parle d’une relation qui n’aurait jamais dû exister. Nous sommes à l’audience des violences conjugales au tribunal de Paris.

"C’est une relation fusionnelle avec des disputes malencontreusement dégénérescentes". Ainsi s’exprime Issam dans le box, face à Agathe, qu’il appelle Madame, ou la prévenante, parce qu’il n’utilise pas toujours les bons termes. Agathe, c’est "celle qui se laisse souvent prendre par sa rage" dit-il car, comme le relève la procureure, Issam a une petite tendance à minimiser les faits et à en attribuer la cause à sa compagne. Dimanche dernier, il est passé chez elle pour voir son fils de trois mois. Et la dispute éclate : Issam s’empare d’un haltère et le projette contre le mur. 

- J’ai pris l’haltère parce qu’il se trouvait là, si ça avait été un sac en papier, j’aurais jeté le sac en papier, c’était juste pour qu’elle arrête de m’offenser.

- Et ça va s’envenimer, poursuit le président, avec des claques.

- J’étais juste en colère, proteste Issam, j’ai un peu agité les bras

- Puis vous lui faites une clé de bras ? 

- Elle était hystérique, alors j’ai attrapé ses bras pour les mettre dans le dos, malheureusement, j’ai plus de force qu’elle. 

- Puis vous la frappez au visage... 

- C’est totalement faux, elle a extrapolé, je lui juste mis un doigt sur le crâne en lui disant qu’il fallait que ça rentre là-dedans. 

- Et la gifle ? 

- Elle recommençait à m’insulter alors... je sais, j’aurais pas dû. 

- Elle vous insulte et vous la frappez ? C’est viable ça ? 

- Non, capitule Issam. 

A son tour, Agathe raconte la même scène avec ses mots à elle, les mots d’une femme régulièrement humiliée et frappée depuis quatre ans. "Cette relation n’aurait jamais dû exister" résume-t-elle, "à chaque fois que j’ai essayé d’y mettre un terme, il revenait en pleurant, il me faisait pitié et c’était un cercle vicieux". 

Elle raconte les coups, les objets cassés dans la maison. "Il s’énerve pour des faits anodins, je ne comprends même pas pourquoi, et lui non plus d’ailleurs, _il a une haine en lui qu’il reporte sur moi_. Je l’avais mis en garde qu’il ne mettrait plus les pieds chez moi s’il continuait à me frapper après la naissance de notre enfant, je veux maintenant qu’il sorte définitivement de ma vie".  

Issam va encore plaider les torts partagés : "A aucun moment elle se remet en cause, mon but n’est pas de faire du mal, je ne suis pas un monstre". 

L’avocate d’Agathe plaidera le schéma classique de ces violences conjugales qui un jour finissent devant les cours d’assises. 

La procureure réclamera un an de prison ferme, le temps qu’Issam comprenne que c’est à lui de changer. 

L’avocate d’Issam demandera au tribunal qu’il délivre une obligation de soin, mais pas d’emprisonnement, "parce qu’il faut l’aider lui aussi". 

Le tribunal prononcera une peine de 4 mois de prison ferme. Issam repart libre avec une obligation de soin, une obligation de trouver un travail et une interdiction d’entrer en contact avec Agathe pendant 2 ans.

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