Par Sara Ghibaudo

assassinat de trois activistes kurdes à paris
assassinat de trois activistes kurdes à paris © reuters

Alors qu'une vague d'interpellations a eu lieu la semaine dernière à Bordeaux et Toulouse dans les milieux kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan, la cour d'appel de Paris s'est penchée pendant trois semaines sur une affaire de financement et d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste qui nous en apprend un peu plus sur les rouages du PKK.

Parmi les 15 prévenus, l'ancien responsable du parti des travailleurs du Kurdistan en Europe, Riza Altun, un proche du leader Abdullah Öcalan depuis la fondation du PKK.

Son rôle : organiser la "campanya", la collecte de fonds au sein de la communauté kurde. La France, divisée en quatre zones, est une source importante de revenus. Au milieu des années 2000, elle représente un quart des fonds collectés par le PKK en Europe, soit plus d'un million d'euros par an.

L'argent a été tracé via les opérations de change effectués par certains des prévenus. TRACFIN, la police anti-blanchiment, avait été alertée. Des centaines de milliers d'euros transitaient en petites coupures imprégnées d'héroïne et de cocaïne. Le PKK se finance aussi par le trafic de drogue.

Cet argent servait-il à financer la guérilla en Turquie ? « Bien sûr », avait expliqué l’une des prévenues, « on n'achète pas des armes avec des œufs ».

L'Union européenne considère le PKK comme une organisation terroriste. Le procureur a rappelé les attentats en Turquie, qui visent parfois des touristes.

Joseph Breham, l'un des avocats de la défense, a tenté de démontrer qu'on faisait plutôt le procès de la cause kurde.

Le PKK il est peut-être violent, etc., mais son objectif n’est pas de troubler l’ordre public par l’organisation de la terreur. Son but, c’est l’indépendance et l’autonomie du Kurdistan. Il y a plus de 680 condamnations par la Cour européenne des droits de l’Homme pour torture de la Turquie sur des militants kurdes de 2008 à 2013. Le comité des droits de l’Homme de l’ONU indique dans un rapport de 2010 qu’il y a 15 millions de Kurdes en Turquie et que plus de 3 millions de Kurdes ont été déplacés de façon forcée par les autorités turques. Est-ce que le peuple kurde, le PKK en l’occurrence, a le droit de se révolter contre cette oppression ? La réponse, en droit international, est très claire : ce n’est pas un droit, c’est un devoir. Le droit international va même un peu plus loin : il y a une obligation pour les Etats, donc pour la France par exemple, de ne pas empêcher cette révolte. Et c’est ce que la France a fait pendant des années. La DST rencontrait au moins tous les mois des représentants du PKK en France. Mais à partir de 2007, il y a eu un changement radical de comportement des autorités françaises et la justice est obligée de se contorsionner pour expliquer que c’est tout à fait naturel et que le soi disant terrorisme du PKK, ce ne serait pas de la politique.

  • Un peu troublant en effet. Après leur interpellation certains prévenus ont donné les noms et les numéros des agents du renseignement français avec lesquels ils étaient en contact.

Les militants kurdes ont longtemps bénéficié d'une certaine bienveillance des autorités françaises. Les prévenus avaient obtenu le statut de réfugiés ou des titres de séjour. Ils étaient surveillés, oui, mais tant qu'ils se tenaient tranquilles, ils n'étaient pas inquiétés.

Ce n'était pas un blanc sein donné par la DST, argumente le procureur qui reconnait quand même que cela peut sembler contradictoire avec le procès qui leur est fait aujourd'hui.

En première instance, la justice avait eu la main légère : elle avait prononcé des peines avec sursis. Cette fois le parquet a requis jusqu'à 5 ans de prison.

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