Expert criminologue omniprésent sur les plateaux de télévision, Laurent Montet a été condamné mercredi à 4 ans et demi de prison pour escroquerie, travail dissimulé, faux et usage de faux. L'homme enseignait la criminologie dans une école bidon.

Laurent Montet intervenait régulièrement dans des émissions consacrées aux faits divers
Laurent Montet intervenait régulièrement dans des émissions consacrées aux faits divers © Capture d'écran NRJ 12

Laurent Montet, c'est l'expert multicartes. De Mohamed Merah à Nordahl Lelandais, il a toujours quelque chose à dire, et une théorie sur chaque criminel. Brun, les cheveux en brosse, l'air patelin, il avait son rond de serviette dans l'émission Crimes sur NRJ 12, présentée chaque jour par Jean-Marc Morandini. Mais aussi, de façon récurrente, sur BFM ou LCI. L'homme, gratifié des titres de "Docteur en criminologie" et"profiler", présente bien : la voix est posée, les gestes travaillés, le visage avenant. 

Quand on écoute attentivement, ça se gâte : en fait d'expertise, Laurent Montet livre un aimable bavardage, des banalités enrobées de vernis psychologisant. L'exemple type de ce qu'on appelle, dans le jargon journalistique, "un expert en carton". Bon, c'est vrai, il n'est pas le seul. Et ce n'est pas pour cela qu'il a été condamné.

Mais ces passages répétés à la télévision, c'est ce qui a permis à Laurent Montet de monter un vrai business, depuis près de 20 ans. Le succès de séries comme "Mentalist" a déclenché des vocations : devenir profiler, se mettre dans la tête des tueurs, aider à résoudre les crimes : ça fait fantasmer. Sauf que la criminologie, au croisement du droit, de la sociologie et de la psychologie, n'existe pas comme discipline à part entière dans les universités françaises.

Laurent Montet a su, habilement, surfer sur ce manque. Sur son site, qui compile ses meilleures interventions à la télévision, il se présente comme "Consultant Forensic Criminology", "expert" avec un beau badge brodé rouge et bleu, et surtout, enseignant. Son école FORCRIM a attiré des dizaines d'étudiants, comme Clara*. Après un master 1 en droit, elle veut compléter sa formation. Elle croit, faux documents à l'appui, que FORCRIM lui permettra d'obtenir un master 2 en criminologie. Mais les diplômes de FORCRIM n'ont aucune valeur. 

J'ai perdu 1000 euros, une année universitaire, et beaucoup de confiance en moi

La jeune femme avait payé d'avance 1000 euros pour l'année. Au delà de l'aspect financier, elle a surtout perdu, dit-elle, "beaucoup de confiance en moi". "Je me suis sentie trahie. J'ai mis du temps à m'en remettre, j'ai déménagé, tout recommencé à zéro. Je ressens encore beaucoup d'amertume", confie-t-elle. "Il a manipulé des étudiants, dont certains venaient de très loin pour suivre ses cours".

En guise de cours, des rencontres avec des professionnels, dans des salles de conférences d'hôtel Ibis. Il n'y a pas d'encadrement. il faut régler les frais d'inscription en mandat cash. Clara se souvient de ce jour où un hôtel près de la gare du Nord n'a pas voulu accueillir les étudiants : Laurent Montet n'avait pas payé la salle. Beaucoup d'intervenants, parfois de qualité, reconnaît Clara - des policiers, gendarmes...- pareillement dupés par l'homme, n'ont jamais été rémunérés.  

Mercredi 27 février, le tribunal correctionnel de Troyes a condamné Laurent Montet à 4 ans et demi de prison ferme, à verser des dizaines de milliers d'euros de dommages et intérêts à 26 anciens étudiants, ainsi qu'à une interdiction d'enseigner. Une peine sévère : l'homme était en récidive, déjà condamné en 2014 pour des faits similaires, à 18 mois de prison avec sursis. A la barre, il a affirmé être certes un mauvais gestionnaire, mais n'avoir jamais voulu tromper personne. "Il aurait aimé être le meilleur criminologue de France, être Laurent le magnifique", a plaidé son avocat. Immédiatement incarcéré, Laurent Montet ne devrait pas réapparaître de sitôt sur les plateaux de télévision.

* le prénom a été modifié

Mise à jour : Laurent Montet a fait appel du jugement.

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