"Dans le Prétoire" vous emmène, comme chaque vendredi, au cœur d’une audience de justice quotidienne. Aujourd'hui, des comparutions immédiates au tribunal d'Evry, dans l'Essonne, entre violences conjugales tristement ordinaires, tentative de fuite par un faux-plafond, et des échanges ambigus dans la salle.

Le palais de justice d'Evry (Essonne)
Le palais de justice d'Evry (Essonne) © Radio France / Ariane Griessel

Il fait froid, ce jour-là, dans la petite salle du tribunal de grande instance d'Evry (Essonne). Les prévenus qui sont là, eux, ont eu le sang chaud, trop chaud. Tous sont jugés en comparution immédiates pour des affaires de violence. Contre leur conjointe, souvent. Certains, contre des policiers.

Cela fait une heure que ces justiciables se succèdent à la barre, lorsque l'on remarque, côté public, une jeune femme qui fait signe à un homme assis un peu plus loin, de l'autre côté de l'allée qui sépare les bancs soigneusement rangés de part et d'autre. Elle lui sourit, affiche un air confiant : "Le prochain, c'est toi", semble-t-elle dire de la main. Raté, le prochain, ce n'est pas lui, mais un homme jugé pour avoir frappé sa compagne, alors qu'il n'avait même pas le droit de l'approcher. Le prévenu tente un mea culpa : "Oui madame le juge, j'aurais pas dû. Le but était d'aller récupérer du linge propre, et puis on irait manger un bout et chacun partirait de son côté. Malheureusement, entre-temps, j'ai bu. Du whisky". La victime est absente. La procureure demande dix mois de prison. Dans la salle, quelqu'un souffle : "Pas de chance". L'homme écope de huit mois de détention.

Affaire suivante. Toujours pas celle du monsieur de tout à l'heure. La dame qui semble l'accompagner interpelle la greffière : "Ça va durer encore longtemps ? Faut que j'ailler chercher ma fille à l'école, moi !". Pendant ce temps, à la barre, il est encore question de violences, sur des policiers, cette fois. Le trentenaire qui comparaît a été interpellé au volant, après avoir fumé du cannabis. Il conduisait sans permis et sans assurance. Lorsque, en garde à vue, il dit se sentir mal, il est conduit à l'hôpital d'Arpajon, où il se rend aux toilettes. C'est la présidente qui raconte la suite, sur un ton impassible qui force l'admiration : "Les infirmiers entendent un bruit sourd. Ils ouvrent, et aperçoivent vos jambes qui pendent et commencent à disparaître dans le faux-plafond". Petit silence. Elle poursuit : "Bon, le faux plafond s'affaisse, vous tombez sur les policiers et insultez tout le monde". Le prévenu se lance dans une tentative d'explication : "Peut-être qu'avec le stress j'ai mal géré la situation..." La présidente insiste : "Ça vous a semblé possible de fuire par le faux-plafond ? Vous y avez cru ? - Sincèrement, je pensais pas abîmer le toit". L'homme écope de six mois de prison, et est placé sous bracelet électronique.

Affaire suivante. Nous y sommes ! La greffière appelle l'homme de tout à l'heure. Elle appelle...une fois, deux fois... Ils sont sortis, tous les deux, tout à l'heure, côte-à-côte, avec la jeune femme qui lui avait fait signe. Lorsqu'ils reviennent, la place est prise. Le défilé de prévenus continue : des affaires de violences conjugales, toujours sur fond d'alcool. Puis encore des violences sur des policiers. Une dizaine d'affaires sont jugées, en un peu plus de cinq heures d'audience. La nuit est tombée sur Evry.

Enfin, vient le tour de cet homme, quadragénaire, dont on finit par vouloir savoir ce qu'il a fait, lui qui semble si détendu. La présidente nous apprend qu'il comparaît pour violences conjugales, pendant deux ans, sur sa compagne et mère de sa fille. Il reconnaît les coups, et s'essaye au mea culpa : "Je sais que ça ne se fait pas". Puis croit bon ajouter : "Si je peux me permettre, c'est une femme aussi qui buvait". Il lève les yeux, et réalise, peut être seulement à ce moment-là, qu'elles sont cinq, face à lui, pour incarner la justice. Le prévenu essaye de rectifier le tir : "Je suis désolé, auprès d'elle, de vous, de toutes les femmes". La représentante du  ministère public note que l'homme est "un peu nerveux" : "Ouai, je suis nerveux de tempérament, je suis franc du collier". Celle qui l'accompagnait n'est plus là. Mystérieuse jeune femme, dont il faut attendre pratiquement la fin de l'audience avant de réaliser qu'il s'agit de son (ex?-)compagne. La plaignante. "Elle était là, madame, tout à l'heure", souligne la procureure. Oui, c'est elle, cette femme qui lui faisait signe, qui semblait si proche de lui. Le souvenir de ces échanges flotte dans la salle, des mots nous viennent,"emprise", "rupture impossible". Le prévenu lui-même appuie malgré lui sur toute l’ambiguïté et la complexité de ces relations nuisibles : "Si elle était si mal, pourquoi elle est restée avec moi ?". Un résumé en quelques heures de ces situations qui peuvent durer des années. Celle-ci ne trouvera pas son épilogue tout de suite : l'affaire est renvoyée, le temps de leur trouver, chacun, un avocat.

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