L'Affaire SK1
L'Affaire SK1 ©

Mercredi prochain sortira en salles "L'affaire SK1", un film qui raconte les 7 longues et laborieuses années d'enquête sur le tueur de l'Est parisien Guy Georges, auteur des viols et des assassinats de 7 femmes dans les années 90. Jean-Philippe Deniau a vu le film et surtout, il a couvert le procès de Guy Georges en 2001 : quel est votre verdict sur "L'affaire SK1"?

C’est un bon film, plutôt fidèle à la réalité, y compris dans ce qu'elle a de plus abjecte. Dans cette affaire, certaines scènes sont même à la limite du supportable, mais après tout, c'est ce qu'ont vécu au quotidien les enquêteurs de la police judiciaire chargée de ce lourd dossier. Le film de Frédéric Tellier décrit parfaitement l'impossible travail des hommes du 36, très bien servi par Raphaël Personnaz, Olivier Gourmet et Michel Vuillermoz, entre autres.

En revanche, la partie du film consacrée au procès de Guy Georges est plus décevante.

J'allais dire « comme d'habitude », parce que le cinéma français n'arrive quasiment jamais à restituer l'ambiance véritable d'un procès. Dans « L'affaire SK1 », Frédéric Tellier nous livre un procès bruyant, dans lequel on entend le public réagir à tout bout de champ. Le procès de Guy Georges, c'était l'inverse. C'était une ambiance lourde, pesante et silencieuse. Avec des moments tellement intenses, qu'un chroniqueur judiciaire ne peut pas l’oublier.

Comme le jour où Guy Georges est passé aux aveux. Le mardi 27 février 2001, il est 13h50, l'audience vient de reprendre, Guy Georges s'est rasé la tête depuis la veille. Nous sommes (chroniqueurs judiciaires) assis juste derrière les familles des victimes, face à Guy Georges et ses deux avocats. Il y a, au centre du prétoire, Elisabeth Ortega, l'une des victimes de Guy Georges qui a survécu à son agression en sautant par la fenêtre de son appartement. Et puis l'avocat de Guy Georges s'est accoudé au box de son client. Alex Ursulet se met à lui parler tout bas, presque en confidence.

« - Le moment est venu de dire les choses. C'est moi qui vous le demande ».

Guy Georges baisse la tête.

« - Personne ne supporte votre silence, ni les familles, ni les victimes, ni nous.

  • Non », résiste Guy Georges.

« - Guy, pour les familles, pour les victimes, ne restez pas dans le silence.

  • Non ».

Et l'avocat tente une fois encore, ses paroles ne sont désormais plus que des murmures dans l'oreille de l'accusé.

« - Pour votre famille, pour votre père que j'irai chercher aux Etats Unis [ce père noir que Guy Georges n'a jamais connu], est-ce que c'est vous qui avez agressé ?

  • Oui », craque Guy Georges. Et il renouvellera 7 fois ce « oui » qui ressemble davantage à un souffle qu'à un son de sa voix. « Pascale Escarfail, oui. Catherine Rocher, oui. Elsa Benady, oui »

A chaque victime, la tête de Guy Georges retombe un peu plus sur lui-même, et il pleure. Puis il demande pardon aux familles, à sa petite sœur, à son père et à Dieu s'il existe.

Pendant tout ce temps, les victimes et les familles se sont donné la main pour partager ce moment que chacune attendait tant. Une des mères lâchera même un incroyable « merci », en regardant Guy Georges droit dans les yeux.

Voilà, c'était un instant d'audience qui n'apparait pas tout à fait fidèlement dans la fiction de Frédéric Tellier, mais ce n'est pas grave. « L'affaire SK1 » est un bon film par ailleurs.

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