Ecoute téléphonique
Ecoute téléphonique © Ol.v!er

En janvier dernier, Franck Cognard nous racontait la très sérieuse enquête de 3 journalistes du Point et du Canard Enchaîné sur le patron des services secrets, Bernard Squaricini. Dans leur livre "L'espion du Président", ils décrivaient une DCRI complètement aux mains de cet homme, qui en a fait une agence de renseignements au service de l'Elysée. Cette semaine, Bernard Squaricini répond au livre dans un entretien qu'il accorde à L'Express .

Un entretien étonnant dans lequel « le squale », qui entre temps a porté plainte pour injures publiques et diffamation contre les auteurs du livre à charge, affirme n'avoir « jamais espionné personne ». Les journalistes de L'Express lui rappellent qu'il est tout de même mis en examen pour cela, en marge de l'affaire Bettencourt.

Et là, Bernard Squarcini va se lancer dans un exercice d'équilibrisme lexical visant à faire admettre que c'est en toute légalité qu'il a fait saisir les factures téléphoniques, les « fadettes » d'un journaliste du Monde. D'ailleurs, il ne dit pas « saisir », il dit : « j'ai réquisitionné les fadettes ». « Réquisitionné », un peu comme si il n'avait pas eu d'autre choix que de le faire. Et il ajoute même : « sur une durée limitée de 4 jours », comme pour minimiser l'ampleur de sa réquisition.

Ensuite, il explique que ce n'était pas le journaliste qui était visé. Non, non, non. « Le journaliste cherche des informations, c'est son métier, même si je note qu'il n'a pas su protéger sa source » ajoute le super policier, pas peu fier d'avoir si facilement capturé sa proie.

Ce n'est pas le journaliste qui l'intéresse, mais David Sénat, le membre du cabinet du Garde des Sceaux qui aurait fait fuiter des informations et sur lequel Squarcini a déjà des doutes.

Alors pourquoi Squarcini ne fait-il pas saisir directement les fadettes de David Sénat ? « Je ne pouvais pas l'accrocher "directement" » explique-t-il à l'Express. « Il m'aurait fallu remonter toute la chaîne judiciaire des personnes qui avaient eu accès à ces procès verbaux, des policiers de la brigade financière jusqu'au cabinet de la Ministre, en passant par le directeur de la police judiciaire, le Procureur de la République de Nanterre et le Procureur Général de Versailles ».

En somme, le patron de la DCRI reconnait que plutôt que de réaliser une enquête en règle, il a préféré aller droit au but, quitte à se retrouver hors de tout cadre légal, en violant au passage la loi sur le secret des sources d'un journaliste.

Au final, Bernard Squarcini valide l'idée qu'une enquête de police, menée directement par un patron de la police, sur injonction du pouvoir politique et sans la moindre validation d'un magistrat, se justifie. Car, persiste le patron du renseignement, l'intérêt de l'Etat était en jeu, « ces fuites pouvaient destabiliser Eric Woerth et on ne peut pas imaginer que les ministres ne puissent pas compter sur la loyauté absolue de leurs collaborateurs ».

Au mois de décembre dernier, pour une autre affaire de fadettes du dossier Bettencourt, celle qui vise le Procureur Courroye, la cour de cassation a déjà dit que la saisie des factures téléphoniques des journalistes n'était pas un moyen d'enquête proportionné au but recherché. Bernard Squarcini maintient l'inverse. C'est à la justice de dire maintenant si le patron de la DCRI a été un peu trop loin en voulant servir les intérêts de l'Etat.

Une chronique de Jean-Philippe Deniau

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