"La revanche de la guillotine" de Luc Briand retrace l'histoire de l'avant-dernier homme guillotiné en France, en 1977. Jérôme Carrein a été condamné à mort 12 jours après le procès de Patrick Henry, qui avait, lui, échappé à la guillotine.

Luc Briand, 40 ans, est magistrat. La revanche de la guillotine est son premier livre
Luc Briand, 40 ans, est magistrat. La revanche de la guillotine est son premier livre

Luc Briand est magistrat, et c'est comme un enquêteur qu'il a travaillé pour retracer l'histoire de Jérôme Carrein, exécuté à Douai le 23 juin 1977.  L'homme a été condamné pour le meurtre, deux ans plus tôt, de la petite Cathy, âgée de 8 ans, à Palluel, dans le Pas-de-Calais. Ce vagabond alcoolique de 34 ans a noyé la petite fille, après avoir tenté de la violer. Si ce crime et cette condamnation ont laissé une très forte empreinte dans le nord de la France, ils ont largement été oubliés dans la mémoire nationale. Après moins d'une heure de délibéré, et sous les applaudissements du public, Jérôme Carrein est condamné à mort le 1er février 1977 par la cour d'assises de Douai.  

Or ce procès se tient 12 jours après celui de Patrick Henry, à Troyes. Le fameux procès où Robert Badinter a sauvé la tête de son client, accusé, lui aussi, d'avoir tué un enfant; l'avocat a plaidé exclusivement contre le châtiment suprême. Il faut se remettre dans le contexte de l'époque : l'opinion, très favorable à la peine de mort, n'a pas compris le verdict de Troyes - Patrick Henry a été condamné à la perpétuité. Le procès de Jérome Carrein, explique Luc Briand, qui a fouillé les archives et rencontré plusieurs protagonistes de l'affaire, c'est celui de la réhabilitation de la peine de mort.

"A Troyes, on a sauvé la tête de Patrick Henry alors qu'il avait commis le pire des crimes : tuer un enfant pour un motif crapuleux, pour de l'argent. Donc de facto, c'est comme si on avait aboli la peine de mort. Et donc il faut absolument, 12 jours après, pour la partie la plus répressive du monde judiciaire, la rétablir en donnant un verdict de mort, pour faire rentrer les choses dans l'ordre. J'ai retrouvé des traces écrites du réquisitoire de l'avocat général au procès Carrein. Ce qui frappe, c'est l'expression 'viol des consciences'. Pour l'avocat général [Louis le Flem], il y a eu un 'viol des consciences' à Troyes, on a forcé la main des jurés, on a tordu le droit en n'appliquant pas la peine de mort."

Jérôme Carrein est condamné à la peine capitale autant pour ce qu'il a fait, qu'en raison de cette émotion après le verdict de Troyes : c'est, en quelque sorte, la revanche de la guillotine. Carrein est le dernier homme de nationalité française à être exécuté, en juin 77. Au cours de son enquête, Luc Briand a retrouvé et interrogé le fils du bourreau.

"Le bourreau, Marcel Chevalier, avait un fils, Eric, à l'époque âgé de 24 ans, qu'il formait pour prendre, un jour, sa succession. Le fils a accompagné le père à Douai, et il a assisté à toute l'exécution. Carrein se réveille, d'abord il panique. Après, il se calme, et le fils du bourreau m'a dit qu'il avait été d'un courage remarquable. Carrein était en voie de quasi rédemption, il avait parfaitement conscience de l'horreur de son crime. Il avait, en deux ans, abandonné l'alcool, commencé à se resocialiser, à apprendre à lire et écrire. Donc l'homme qu'on a exécuté ne ressemblait plus tout à fait à celui qui avait enlevé et tué la petite Cathy en octobre 1975." 

Trois mois plus tard, en septembre 1977, le Tunisien Hamida Djandoubi est le dernier homme exécuté en France, avant l'abolition de la peine de mort en 1981.   

"La revanche de la guillotine" de Luc Briand est paru aux éditions Plein jour

=> A réécouter : Affaires sensibles "Affaire Carrein, les derniers jours de la guillotine"

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