Par Franck Cognard

L'ex-condamné à mort français, Marcellin Horneich, s'est suicidé dans la nuit de dimanche à lundi dernier à la prison de Fresnes. Son histoire a commencé il y a 40 ans, en 1972.

En août de cette année-là, Marcellin Hornec, 24 ans, et son neveu Joseph Keller, 20 ans, embarquent dans leur voiture en Haute-Garonne, un couple anglais qui faisait du stop. L’été 1972 de ces étudiants britanniques bascule dans l'horreur : ils sont assommés, la jeune femme est violée, et les deux finissent égorgés à coups de serpette.

Quatre ans plus tard, Keller et Horneich sont condamnés à mort. Mais au pied de l'échafaud, le président Giscard d'Estaing gracie les deux hommes. Leur peine devient la perpétuité. 25 années de prison plus tard, c'est la libération conditionnelle pour Horneich et Keller.

-Keller se tient tranquille depuis et se fait oublier, mais Horneich fait assez vite reparler de lui

En 2005, quatre ans après sa sortie de prison, Marcellin Horneich vit dans un camp de gitans, toujours en Haute-Garonne. C'est sa communauté, sa famille. Un soir, avec 3 grammes d'alcool dans le sang, Horneich s'embrouille et se bat avec son fils. Il va chercher une carabine 22 LR, tire à plusieurs reprises, mais ne touche personne. Quelques heures plus tard, amoché, se souvient son avocate, avec deux dents en moins et un cocard, il est condamné en comparution immédiate à 7 mois ferme. Mais surtout, sa libération conditionnelle est révoquée.

Retour à la case prison. Il était résigné, se rappelle encore l'avocate, mais faisait une analyse assez lucide de ce qu'est la vie dedans, en taule, de ce que ça représente, de sortir, dans un monde qui ne vous a pas attendu pour avancer.

  • Et en mars dernier, Horneich sort une nouvelle fois de prison

Il a 64 ans, un bracelet électronique sanglé à la cheville, et derrière lui, en cumulé, 36 années de détention. Il n'a plus trop l'habitude de vivre dehors, Marcellin Horneich, quand il s'installe à Nantes. Il n'a pas eu le choix, c'est une obligation judiciaire.

Et dans la nuit du 22 au 23 octobre dernier, l'alerte est donnée : Horneich s'est débarrassé de son bracelet. La PJ de Nantes suit le bonhomme à la trace. D'abord, il passe chez sa petite-fille, à une vingtaine de kilomètres du Mans. Puis, chez son ex belle-fille, au Mans. Celle-ci raconte au quotidien Presse Océan que Horneich n'est pas resté bien longtemps, une quinzaine de minutes. « Il savait, poursuit-elle, que la police le cherchait. Il voulait se suicider. Il est venu nous dire adieu, nous donner des trucs. Quand il est parti, on a pleuré ».

  • Horneich est arrêté le jeudi 25 octobre sur les Champs-Elysées

Evidemment, la police le suivait à la trace. Marcellin Horneich se laisse faire, c'est la règle de son jeu. Il est conduit à Fresnes.

Dans la nuit du 28 au 29, vers 2 heures et demi, un gardien le découvre mort, pendu.

Son ex belle-fille, une des dernières personnes à qui il ait parlé, assure qu'il en avait marre de cette vie-là. Mais de quelle vie ? Celle de meurtrier, celle de prisonnier en sursis, ou celle d'un remis en liberté inapte à une existence en dehors d'une cellule ? Horneich est parti avec ses fautes, avec son histoire criminelle et son mystère.

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