C'est le petit jeu de la rentrée judiciaire : viendra ? Viendra pas ? A trois jours du démarrage du procès des emplois fictifs de la Mairie de Paris, les pronostics vont bon train sur la participation de Jacques Chirac aux audiences.

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jacques chirac © Radio France / Eric Pouhier, Wikimedia

C'est pourtant une question que l'on ne se pose jamais, ou presque : « le prévenu viendra-t-il à son procès ? ». En général, la réponse s’impose : bien sûr qu'il viendra assurer sa défense et répondre aux questions du tribunal. Sauf s'il est en fuite. Ou s'il est malade. Mais s'il est malade, il a un certificat médical. Pour son procès, Jacques Chirac n’est pas en fuite. Il n’a pas de certificat médical et pourtant, on se demande s’il va venir aux audiences.

S’il n’a pas de certificat, on imagine qu’il viendra. Pourquoi, donc, toutes ces interrogations sur son éventuelle absence ?

Peut-être parce qu'on lit un peu trop la presse. On s'attarde un peu trop sur les gazettes qui relatent les vacances des Chirac à Saint-Tropez ou à Dinard. On visionne un peu trop les vidéos postées sur Internet montrant l'ancien chef de l'Etat dans des situations cocasses. Ce matin encore, un proche dit qu’il ne sait plus ce qu’est mai 1968. Et de fil en aiguille, on va finalement s'imaginer que Jacques Chirac n'a peut-être plus les capacités de se concentrer sur près de trois semaines de procès.

Alors on se dit : c'est sûr, cette fois-ci, ses avocats vont invoquer la vieillesse ou la maladie pour lui éviter l’épreuve de ces audiences interminables destinées à obtenir des explications qu’il n’est peut-être même plus en capacité de fournir.

Un tribunal peut comprendre ces choses-là. Je me souviens du douloureux procès de Michel Gillibert en 2004 devant la Cour de Justice de la République. L’ancien Secrétaire d’Etat aux handicapés était très malade, le Président de la Cour avait pris l’initiative d’aller chez lui pour recueillir ses propres explications et en faire part, ensuite, à l’audience. Le Président Henri Claude Le Gall avait dit au tout début du procès : « Michel Gillibert m’a dit qu’il essaierait de venir, je lui ai répondu de ne pas faire d’imprudence, que sa santé était plus importante que tout ». Et le procès s’était tenu sans le prévenu, mais dans le plus grand respect des droits de sa défense. Ce qui n’avait pas empêché la Cour de prononcer une condamnation sévère, mais adaptée. Trois ans de prison. Trois ans avec sursis.

Mais là, c’est différent, parce que Jacques Chirac n’est pas malade.

Non. "Il souffre par moments de troubles dont on ne sait pas s'ils sont liés à un petit accident vasculaire ou au processus normal de vieillissement ". C’est ce que déclarait sobrement Bernadette Chirac au mois de janvier. Depuis, il n’y a pas eu d’autres comptes rendus sur ses états de santé rendus publics. Mais à la télé, on voit un homme qui marche difficilement, ses attitudes paraissent parfois incohérentes, ses propos sont de temps en temps déplacés, alors on appelle ça de « l’humour corrézien ». Pour ne surtout pas briser de tabou. Comme si un ancien chef d’Etat n’avait pas le droit de vieillir ou d’être malade.

Mardi, si Jacques Chirac vient à l’audience comme le promettent encore ses avocats, il devra se souvenir, réfléchir, argumenter, contester, se concentrer pendant des heures, affronter la controverse devant ses juges et devant une centaine de journalistes. Personne ne pourra remplir son rôle de prévenu à sa place. L’entourage de Jacques Chirac a donc encore quatre jours pour bien évaluer les enjeux de cette comparution.

Une chronique de Jean-Philippe Deniau

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