C'est ce qu'avait affirmé il y a trois ans le chroniqueur Eric Zemmour : « Les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes... C’est un fait » assène-t-il, ce qui lui a valu d'être condamné pour provocation à la discrimination raciale.

Deux associations rouvrent le débat, dont le CRAN (Conseil représentatif des associations noires). Son président, Louis-Georges Tin, nous dit pourquoi :

Il a dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas et il faut répondre à cette question. Eric Zemmour a, je crois, tort, mais il faudra encore le prouver par des enquêtes appropriées. Quand la police fait des contrôles au faciès, c’est souvent pour arrêter des dealers, mais elle ne cherche pas des dealers, elle cherche des dealers noirs et arabes, et c’est donc ce qu’elle trouve effectivement.

Les dealers qu'on voit dans les séries télé, ou dans la rue en région parisienne sont souvent noirs ou arabes, mais le trafic de rue, c'est une petite part du trafic, assure la sociologue Anne Coppel, fondatrice de l'Association française de réduction des risques :

Les classes moyennes consomment d’ailleurs plus que les classes populaires, on l’a montré à Paris avec une étude sur les jeunes : ceux qui habitent les quartiers ouest consomment plus que ceux qui habitent des quartiers est, et les premiers ne vont pas aller chercher leur drogue à la Goutte d’Or, ou à Marcadet –et encore moins en banlieue, sauf exception. Ils achètent leur drogue dans leurs appartements, avec des dealers qui ont la même couleur de peau qu’eux. Donc ce qu’il faut bien voir, c’es que la grosse masse des consommateurs et la grosse masse des trafics, ça n’est pas des Noirs et des Arabes. Ce sont les Noirs et les Arabes qui sont en bas de l’échelle.

Ces associations vont plus loin: elles remettent en cause la politique répressive contre les drogues.

La réflexion se développe en Amérique latine avec la légalisation du cannabis en Uruguay. Aux Etats-Unis, même, certains jugent que la guerre contre la drogue a échoué, alors que depuis les années 70 les prisons se sont remplies souvent de simples consommateurs essentiellement Noirs dénonceCarl Hart, un chercheur de l'université de Columbia :

85% des personnes arrêtées ou poursuivies pour des affaires liées au krach ou à la cocaïne sont Noires. Elles n’en consomment pas plus que les Blancs. Donc c’est vraiment une guerre contre les populations noires ou les minorités. Vous mettez en prison une grande partie de votre population et ces gens ne pourront pas trouver un travail en sortant, ni s’occuper de leur famille. Ces questions sont plus vastes que le seul problème de la drogue.

En France aussi, la lutte contre la drogue apporte plus d'insécurité estime Anne Coppel :

Plus on lutte contre le trafic de rue et plus ce trafic de rue est violent. Vous ne modifiez pas le nombre de consommateurs : ils sont 140.000 et les consommateurs de cannabis, on les compte en millions. On ne fait pas baisser la consommation, mais on augmente la violence de rue. C’est ce qui se passe à Marseille ou dans les cités. Parce que le trafic de rue continuera tant que les gens sont pauvres.

Toujours est-il qu'à l'initiative de ces associations, une recherche universitaire devrait démarrer pour voir si les trafiquants poursuivis en France sont plus souvent Noirs et Arabes et si c'est le cas, comment la police arrive à un tel résultat.

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