Par Franck Cognard

Manuel Valls et Christiane Taubira se sont installés respectivement place Beauvau et place Vendôme il y a un an . Quel est leur bilan ? La parole est à notre spécialiste des questions de justice qui a enfilé ce matin la robe de l’avocat général.

Déjà, il ne sera pas question, ici, d'examiner de manière exhaustive les éléments à charge et à décharge recueillis car nous n’en aurions tout simplement pas le temps. Mais néanmoins, mesdames et messieurs du tribunal, afin d'y voir plus clair après cette année d'exercice, nous allons convoquer deux grands témoins.

à la place de jean-marc ayrault, manuel valls aurait "sans doute" limogé arnaud montebourg
à la place de jean-marc ayrault, manuel valls aurait "sans doute" limogé arnaud montebourg © reuters

D'abord, arrêtons-nous sur les 12 mois de Manuel Valls place Beauvau. Le témoin est Nicolas Comte, porte-parole du syndicat Unité SGP FO, majoritaire. Il estime, dans sa déposition, que le Ministre a une vraie capacité à écouter les policiers ; qu'il a su, même si certaines font encore du zèle, mettre fin à la politique du chiffre et à ses effets néfastes ; qu'il a bien sûr réussi à stopper la diminution des effectifs, à apaiser les tensions entre la police et la justice… Bref, notre témoin estime que le bilan de Manuel Valls est honorable.

Toutefois, j'ai encore une question pour le témoin, Nicolas Comte : Monsieur le Ministre a t-il aussi été un bon démineur à propos des rapports entre police et population ?

Nicolas Comte : « Le Ministre a ce souci constant du rapprochement entre la police et la population et je dirais qu’il faut faire extrêmement attention parce que les policiers ont été tellement malmenés, qu’il ne faudrait pas leur laisser penser que cette fracture police/population est uniquement de leur fait. Donc il y a un certain nombre de mesures qui ont été prises, notamment en matière de matricule, ou de plateformes sur Internet pour saisir la police des polices. Ce sont des dispositifs dont on peut comprendre la philosophie, mais qui sont parfois perçus par mes collègues comme stigmatisants et leur faisant porter toute la responsabilité du malaise qu’on a connu entre la police et la population. »

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Christiane Taubira
Christiane Taubira © REUTERS/Philippe Wojazer

Mesdames et messieurs du tribunal, nous allons là encore nous en remettre pour partie à la déposition de Christophe Regnart, président de l'USM, le premier syndicat de magistrats. Il sait gré à la ministre de la Justice d'avoir vite réagi avec un nouveau texte sur le harcèlement sexuel et d'avoir engagé une réforme constitutionnelle sur l'indépendance de la justice. Mais il relève également contre Christiane Taubira des indices graves et concordants d'une certaine lenteur dans la réforme pénale sur la délinquance et la récidive. Toutefois, ajoute notre témoin, la Ministre a su préserver les magistrats des pressions politiques.

Christophe Regnart : « On a effectivement le sentiment –c’est ce qui remonte des juridictions- que la situation est meilleure que ce qu’elle a pu être ces dernières années. Il en faut pas non plus être complètement naïf : quand on vous explique qu’il n’y a plus aucune remontée d’informations et qu’il n’y a plus d’instruction, les choses ne sont peut-être pas aussi claires que cela. Voilà pour le côté positif. Pour le reste, on a un peu le sentiment et l’impression que peu de choses se sont passées. On a beaucoup réfléchi et peu agi et le positionnement de la Garde des Sceaux, au-delà de la question sans doute importante du ‘mariage pour tous’, que l’action est assez faible et le bilan est assez bas. »

Voilà donc, Mesdames et Messieurs du tribunal, ce que nous pouvons relever pour et contre Manuel Valls et Christiane Taubira. Je laisse votre juridiction apprécier l'opportunité d'éventuelles poursuites contre les deux susnommés.

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