Au lendemain du verdict Merah, Sophie Parmentier nous faire revivre les grands moments d'audience, depuis le premier jour.

Quand le procès Merah commence, le lundi 2 octobre au matin, tous les regards se braquent d’abord sur Abdelkader Merah, le frère ainé du grand absent, Mohamed Merah, le tueur au scooter, tué sous les balles du RAID. Son fantôme plane au-dessus du box des accusés, face aux familles des victimes, qui regardent à peine Fettah Malki, l’ami d’enfance, celui qui a fourni le pistolet-mitrailleur Uzi qui s’est finalement enrayé devant l’école juive Ozar Hatorah

Derrière la vitre blindée du box des accusés, Fettah Malki, cheveux frisés et petit bouc, se ronge les ongles

Abdelkader Merah, barbe et longs cheveux noués en catogan, porte une chemise. Chaque jour du procès, durant cinq semaines, il en mettra une, et souvent, enfilera des lunettes rectangulaires sur son nez, face à la cour d’assises spéciale, composée de cinq magistrats professionnels. 

« Les faits sur lesquels nous allons nous pencher sont terribles », commence le président, qui précise que Loïc Liber, seul soldat rescapé de Merah, suivra le procès, de sa chambre d’hôpital. Le président rappelle qu’Abdelkader Merah s’est dit « fier » de la façon dont son petit frère est mort, « en combattant ». Il rappelle qu’Abdelkader Merah avait traité les juifs de « sous-hommes, de singes ». 

Son premier interrogatoire démarre au deuxième jour d’audience. Abdelkader Merah, se lève, et avec l’accent chantant du sud-ouest, confirme que dans la cité des Izards, son surnom était « Ben Laden », après le 11 septembre 2001. Abdelkader Merah évoque sa mère, « en pôle-position avant sa femme, les relations du cœur, on ne les contrôle pas ». 

Il décrit son enfance, « parfaite avant le divorce de ses parents, chaotique après »

Il assure qu’il « n’a jamais frappé sa mère », mais reconnaît les coups, contre son grand frère Abdelghani, ou contre son petit frère Mohamed. Puis « en 2006, je me suis converti à l’islam, après je n’ai plus volé un bonbon, ça m’a changé de personne ». 

2006, c’est aussi l’année où les services de renseignement lui collent une fiche S, pour sa proximité avec l’émir blanc d’Artigat, Olivier Corel et les frères Clain, devenus les voix de revendication des attentats du 13 novembre : des « frères de religion », dit Abdelkader Merah, debout dans son box. Face à lui, un avocat de victimes se lève :

« Votre frère, c’était un bon ou un mauvais Musulman ? »

« Vu son comportement, c’était un musulman pêcheur, dit Abdelkader Merah, qui condamnera publiquement, dans cette grande salle d’assises les actes commis par celui qu’il ne cessera d’appeler tendrement, du premier au dernier jour du procès : «mon petit frère, ça reste mon sang, je l’aimerai toujours, jusqu’à la mort »

« Vous éprouvez de la honte pour les crimes de votre frère ? » Alors que la cour vient d'entendre les témoignages bouleversants des rescapés de l'école juive Ozar Hatorah, dont un jeune rabbin, Abdelkader Merah répond : « je ne m’adresse pas à la cour, je m’adresse à tous les croyants, je suis sincèrement désolé ». Sans convaincre.

Puis Abdelkader Merah sera interrogé sur ces fichiers autour d’Al Qaïda retrouvés dans son ordinateur. Ces fichiers dont certains ont été soigneusement effacés, d'autres rebaptisés sous des titres plus discrets, "c'était juste des audios pour s’informer", répètera Abdelkader Merah, tout le procès. 

Quant à ce fameux vol de scooter T Max, lors duquel il était présent, il martèlera, de bout en bout, que le vol a eu lieu à son insu. La cour d'assises a d'ailleurs estimé hier que c'était le cas, qu'Abdelkader Merah n'était pas son frère Mohamed, et n'avait pas été son complice actif. 

Maître Dupond-Moretti, dans sa plaidoirie d'acquittement, s'époumone :

J'affirme que si Abdelkader Merah est dans le box, c'est que Mohamed est mort, j'affirme que si Mohamed Merah était dans le box, il y serait seul

L'acquittement a été partiel, hier soir, Abdelkader Merah a échappé à la réclusion criminelle à perpétuité. Il a été condamné à 20 ans de réclusion. Un verdict qu'il a écouté, bras croisés, après avoir longuement regardé le ciel, comme les familles de victimes.

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