Par Jean-Philippe Deniau

Le premier grand chantier judiciaire du gouvernement pour 2013 : l a lutte contre la récidive. Un chantier qui n’a rien d’original, puisque les précédents ministres de la Justice s'y sont eux aussi attaqués. Mais jusqu'à présent, aucun d'eux n’a vraiment réussi à changer les choses.

Non, et ce n'est pas faute d'avoir essayé. En 10 ans, la proportion de délinquants qui ont commis un nouveau délit dans les 5 ans qui ont suivi leur condamnation est passée de 34% à 40%. Et la proportion de ceux qui ont réellement récidivé, c'est-à-dire ceux qui ont commis le même délit plusieurs fois de suite, a carrément doublé passant de 5% à 10% des condamnés. On notera au passage que, contrairement aux idées reçues, les délinquants sexuels sont très nettement moins nombreux que cette moyenne générale : ils ne sont (si j'ose dire) que 5% à récidiver.

- Voilà pour la délinquance. Mais si on regarde les crimes, on constate la même tendance ?

Oui : la récidive criminelle est passée en 10 ans d'un peu plus de 3% à un peu moins de 6%. Et là aussi, la récidive en matière de crimes sexuels et en matière de meurtres est deux fois moins importante que cette proportion. Ce sont les auteurs de vols à main armée qui font grimper les statistiques. En tout cas, 10 années de politiques pénales répressives n'ont pas conduit au résultat escompté, malgré la surveillance judicaire décrétée en 2005, les peines planchers en 2007, la surveillance de sûreté puis la rétention de sûreté en 2008... Toutes ces mesures, quand elles ne se sont pas tout simplement révélées inapplicables, sont restées inefficaces, incapables de dissuader celui qui va violer ou tuer, de passer à l'acter.

- Est-ce que ça veut dire qu'il n'y a aucune solution au problème de la récidive ?

Non bien sûr. Et peut-être même que la solution va nous arriver de Los Angeles avec un logiciel de prédiction du crime !

Un professeur de criminologie de Los Angeles, Jeffrey Brantigham, a mis au point PredPol (pour Predictive Policy). Le logiciel compile toutes les données sur les délits et crimes commis par exemple à l'échelle d'une ville sur plusieurs années, et en utilisant la méthode des algorithmes, il va prévoir où et quand risque de se dérouler le prochain méfait. Il s'agit bien sûr de données assez générales, le logiciel va par exemple déterminer un quartier ou un bloc de rues, et un moment de la journée. Mais en tout cas, la police qui sera ainsi prévenue du risque, pourra se rendre sur zone à titre préventif et, peut-être, éviter un drame. Et le fait est qu’après 6 mois d'utilisation à Los Angeles, la Police a observé une baisse de plus de 20% du nombre de crimes constatés.

  • Ce logiciel PredPol, c'est un peu comme si on avait numérisé le flair du gendarme ?

Absolument, avec ses limites bien sûr. D'abord parce qu'on pourrait craindre que des individus soient arrêtés à titre préventifs, pour rien.

Ensuite, parce que la criminalité américaine n'a rien à voir avec la criminalité française, notamment en ce qui concerne les crimes de récidivistes qui en général en France sont commis dans des zones isolées ou totalement improbables.

Non, au lieu d'investir dans un logiciel californien, autant conseiller au gouvernement de mettre un peu plus d'argent et de moyens pour améliorer ce qui existe déjà.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.