Fermée pendant quatre ans et demi pour travaux, la maison d'arrêt de la Santé accueillera à partir de lundi 7 janvier ses premiers détenus. L'occasion de revenir sur l'histoire de l'emblématique prison de la capitale, la seule encore aujourd'hui située dans Paris intra-muros.

La prison de la Santé a été inaugurée en 1867.
La prison de la Santé a été inaugurée en 1867. © Maxppp / LP/ Jean Nicholas Guillo

Ce sont de hauts murs en pierre meulière, dans le 14e arrondissement de la capitale, à 500 mètres de la place Denfert-Rochereau. Dans cette prison qui s'étend sur 2,8 hectares au cœur de Paris, le quartier VIP a vu défiler des détenus notoires : d'Apollinaire à Booba, de Maurice Papon à Yvan Colonna en passant par Mesrine et Bernard Tapie.

Quand le chantier est lancé, en 1861, sous le Second Empire, c'est l'époque des grands travaux du préfet Haussmann. "Au moment de sa mise en service, la prison de la Santé est considérée comme un bâtiment très moderne qui va servir de modèle", explique Caroline Soppelsa, historienne de l'architecture. "Les plans de l'architecte Joseph Auguste Émile Vaudremer ont d'ailleurs été présentés lors des Expositions universelles. Des gouvernements étrangers en demandèrent même une copie".

À sa création, la Santé comprend 500 cellules. "Chacune comporte un lit et une tablette rabattables, un cabinet d'aisance. Un filet d'eau courante permet l'évacuation des matières et sert éventuellement à la toilette du détenu", détaille Caroline Soppelsa. Les cellules sont également chauffées, grâce à l'installation dans l'établissement des premiers systèmes de chauffage central. Une modernité qui fait grincer des dents, ajoute l'historienne.

Alors que le détenu est un individu qui contrevient aux règles morales et juridiques de la société, il est placé dans des conditions de confort meilleures que le reste de la population civiles

Exécutions de condamnés à mort

Mais ce qui contribue surtout à la notoriété de la Santé, ce sont les exécutions qui se déroulent à proximité à partir du début du 20e siècle. Elles ont lieu au petit matin, boulevard Arago, attirant une foule de curieux. À partir de 1939, elles se pratiquent néanmoins à l'intérieur de la prison, dans la cour d'honneur, loin des yeux du public. La dernière remonte à 1971. 

Un plan initial en partie conservé

Après un siècle et demi d'existence, c'est donc une maison d'arrêt flambant neuve, bardée de caméras et parcourue d'effluves de peinture qui accueillera lundi 7 janvier ses premiers détenus, en provenance notamment de Fresnes et Fleury-Mérogis, deux établissement franciliens surpeuplés. Si le quartier haut de la Santé été rasé puis reconstruit, le quartier bas a été conservé, avec ses quatre bâtiments en étoile autour d'une rotonde. Les cellules ont été agrandies. De 6 m², on passe à 9 m², avec douche, toilettes, télévision et téléphone mural.

Mais pas plus qu'avant les travaux, l'objectif originel de cellules individuelle ne pourra être tenu. Des lits superposés ont été installés. Dans cet établissement prévu pour accueillir 800 détenus en incluant ceux du quartier de semi-liberté, le seuil de 100% d'occupation devrait être atteint avant l'été. 

L'une des cours de promenade de la prison de la Santé.
L'une des cours de promenade de la prison de la Santé. © Radio France / Mathilde Lemaire
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