Dans le Prétoire, on vous emmène comme chaque vendredi au cœur d’une audience de justice quotidienne : ce matin, des affaires de vol ou de conduite sans permis devant la 29e chambre du Tribunal de Paris…

Une salle d'audience au tribunal de Paris
Une salle d'audience au tribunal de Paris © Radio France / Jean-Philippe Deniau

La 29e chambre, petite salle d'audience de couleur blanche, est un peu cette semaine la chambre des absents appelés à la barre. "Dossier numéro 10 !", clame l’huissier. Le prévenu n’est pas là. La victime, si. La victime est une femme qui s’avance en boitillant. L'absent que l'on juge l'a frappée à la cheville, dit-elle. Il lui a jeté au visage un sac plein de riz avec une bouteille à l’intérieur, dans le bar-tabac où elle est serveuse. Elle a eu mal, et peur surtout, car le SDF qui la tapait ainsi, la traitait de "sale arabe", raconte-t-elle. Elle reste inquiète, car il se promène toujours dans le quartier.

Le prévenu, 43 ans, n’est donc pas venu à son procès. Le président égrène son casier judiciaire : violences, vol, conduite en état alcoolique. La procureure réclame 3 mois de prison ferme. Le tribunal, représenté par un juge unique, condamne cet homme à 4 mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve, interdiction de paraître pendant deux ans, face au bar de la victime, boulevard du Montparnasse à Paris. "Mais on vous prévient madame, comme ce monsieur est sans domicile fixe, il faut déjà qu’on le retrouve pour lui signifier ce jugement !"

Affaire suivante : "T'es lesbienne, je vais te baiser ta mère"

Mohamed, 32 ans, est jugé pour violences en état d’ivresse, Ce sont les plaignantes qui ont appelé la police, disant qu'il les avait giflées, et insultées, en raison de leur homosexualité. "T’es lesbienne, je vais te baiser ta mère", leur aurait-il déclaré, dans la rue. Propos qu’il a niés devant les policiers. Mohamed n'est pas là, lui non plus, pour s’exprimer à la barre devant le tribunal. Le président lit les douze mentions déjà inscrites au casier judiciaire du bonhomme : escroquerie, rébellion avec violences, apologie du terrorisme, conduite en état alcoolique, détention et consommation de stupéfiants, la dernière condamnation remonte à 2017. Trois mois de prison ferme, réclame la procureure : trois mois, confirme le président du tribunal.

"Affaire numéro 7", clame l’huissier. Encore un absent. Celui-là a volé des chaussures et des vêtements dans la boutique Citadium. Il a tenté d’embarquer discrètement pas moins de douze boîtes de chaussures, mais il a été filmé par les caméras de vidéosurveillances. Jugement : deux mois de prison avec sursis.

"Un pistolet, c'est pour faire du bien autour de soi ?"

Un jeune homme s’avance à la barre. Jean, basket, blouson matelassé vert kaki. Visage poupin. Il est autoentrepreneur, et père de famille. "Il vous est reproché d'avoir porté une arme, un pistolet d'alarme, et d'avoir conduit un véhicule, avec 0,44 mg d'alcool, et surtout d'avoir conduit sans permis !" tonne le président, qui rappelle les faits. "Vous dites qu'un automobiliste vous a fait une queue de poisson, vous avez klaxonné, il est venu vous voir, vous avez sorti votre arme, sans la braquer sur lui, votre compagne vous a demandé de la ranger." 

"Ce jour-là, j'avais bu trois bières. Je voulais faire de mal à personne", se justifie le prévenu, aidé d'une interprète, qui lui traduit les questions en moldave. "Mais porter un pistolet sur soi, monsieur, c'est pour faire du bien autour de soi ?" s'énerve le président. "Je l'avais juste pour me défendre !" se justifie le prévenu. La 29e chambre le condamne à deux mois de prison avec sursis. "Et tant que vous n'avez pas votre permis français, il vous est interdit de conduire monsieur !" 

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