Une femme a été condamnée pour "sévices et cruauté" envers des animaux, sacrifiés au cours de cérémonies rituelles. Elle a tenté, en vain, d'obtenir une dérogation à la loi, comme cela existe pour la corrida et les combats de coqs.

Une prêtresse vaudou peut-elle sacrifier des animaux au nom de la liberté de religion ?
Une prêtresse vaudou peut-elle sacrifier des animaux au nom de la liberté de religion ? © Getty / The Palmer

C'est  l'histoire d'une femme qui se dit "grande prêtresse" de la religion animiste. Originaire des Antilles, formée au rite vaudou  en Haïti, elle organisait des cérémonies dans le garage de son pavillon de banlieue, où des poules, mais aussi des moutons, des pigeons et des chèvres étaient sacrifiés.

En juillet dernier, elle est condamnée en appel à 2 ans de prison ferme; pour abus de faiblesse sur des dizaines d'adeptes, ainsi que pour sévices et actes de cruauté sur des animaux.

Avec  son mari et leurs deux filles, tous contestent leur condamnation devant  la cour de cassation. Ils ont même déposé une QPC, une question prioritaire de constitutionnalité, à propos des sévices  sur les animaux.

Ces animaux sacrifiés sont des offrandes, dans le cadre d'un rituel religieux, a expliqué la prêtresse; or, la liberté religieuse est garantie par la constitution, ont argué ses avocats, qui demandaient donc qu'on réécrive la loi pour prévoir ce cas.

Mais  la cour de cassation vient de rejeter la demande, explique Jean-Philippe Duhamel, avocat dans cette affaire de la Fondation assistance aux animaux.

La liberté de religion n'autorise pas tout. Même pour un abattage rituel, il y a des règles, il faut un scarificateur. Ici, les animaux étaient parfois tués à mains nues, leur sang était ensuite aspergé sur les fidèles.

Pourtant, dans certains cas, on peut légalement faire mal aux animaux, même si le but n'est pas de les manger.

Dans les années 60, la loi a introduit deux dérogations, pour les  courses de taureaux, et pour les combats de coqs. Leurs organisateurs  ne peuvent pas être poursuivis pour sévices et cruauté envers les  animaux. A une condition : si et seulement si il existe une "tradition locale ininterrompue". Plutôt au sud pour les corridas,  plutôt au nord pour les coqs.

C'est ce que soulevait la  prêtresse vaudou : pourquoi des spectacles comme la mise à mort de  taureaux, ou des coqs qui s'entretuent, sont ils licites? Et pas des  offrandes dans le cadre d'un rituel religieux? Ses avocats soulignaient une inégalité de traitement.

Selon Jean-Philippe Duhamel, "il est possible que cela évolue. On est passé de la conception du code civil en 1850 de l'animal comme étant un bien meuble, à celle d'un être doué de sensibilité. Il se peut que la question des courses de taureaux et celles des combats de coq reviennent à l'avenir dans le débat". 

On l'a compris : l'air du temps ne va pas dans le sens de nouvelles exceptions, même pour les rites vaudous, mais plutôt dans celui d'une plus grande protection des animaux.

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