C'est une affaire ressurgie du passé : l’affaire d’Ustica, le 27 juin 1980, le crash mystérieux d’un avion italien, au-dessus de l’île d’Ustica, proche de la Sicile. L’enquête s’oriente de plus en plus vers une « bavure militaire » qui pourrait impliquer la France.

C'est une enquête sur laquelle plane, depuis près de 35 ans, la raison d'Etat.

Il est 20 heures, 59 minutes et 45 secondes quand les écrans radars italiens perdent la trace du DC9 de la compagnie Itavia. L’avion, en provenance de Bologne, devait atterrir à Palerme, avec 77 passagers et 4 membres d'équipage.

L'appareil est finalement retrouvé à 3 400 mètres de profondeur, au large de l’île d’Ustica.

Un magistrat, le juge italien Rosario Priore, explore toutes les pistes et conclut que l’avion a été abattu par un missile.

au moins 50 français dans l'avion d'air algérie disparu
au moins 50 français dans l'avion d'air algérie disparu © reuters

Qui a tiré ce missile ? La question reste entière, mais le juge a découvert que de nombreux avions américains, français, mais aussi libyens se trouvaient, à l'époque, dans la zone.

Les occidentaux auraient tenté d’abattre l'avion dans lequel se trouvait alors dans le ciel italien le colonel Kadhafi, escorté par deux chasseurs libyens.

Pour tenter d’échapper aux avions américains ou français, les appareils libyens se seraient mis dans le sillage du DC9 italien, abattu par erreur, lors de cette bataille aérienne.

La France refuse de collaborer à l’enquête et prétend même que sa base militaire de Solenzara, en Corse, était fermée au moment des faits, ce qui est faux.

Dans une pièce de théâtre consacrée à l’affaire d’Ustica, on entend ce dialogue musclé, mais bien réel même s'il est joué par des comédiens, dialogue entre le juge italien et l’ancien patron des services secrets français, Alexandre de Marenches :

« - Si j’avais su qu’il n’y avait ne serait-ce qu’une chance sur mille de liquider Kadhafi et que j’avais dû m’en charger, vous croyez vraiment que je me serais abstenu ? Surtout, vous croyez vraiment que j’aurais laissé trainer des traces ? »

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« - Même au prix de liquider 81 innocents ? 81 personnes parmi lesquelles des enfants, des femmes et des hommes inconscients, contre qui ont a perpétré un acte de guerre en temps de paix ! »

Aujourd’hui, où en est l’enquête ?

L’affaire a été relancée, en 2007, suite à des déclarations fracassantes de l’ancien président de la République italienne, Francesco Cossiga qui accuse la France. Deux nouveaux juges d’instruction italiens ont repris le dossier.

Ils ont récemment interrogé plusieurs militaires français qui travaillaient à l’époque dans la base militaire de Solenzara.

La présidente de l’association des familles de victimes d’Ustica, Daria Bonfietti, espère que la chape de plomb va enfin se lever :

J’espère vraiment que les Français présents, à l’époque, dans cette base militaire diront tout ce qu’ils savent à la justice. Je ne sais pas si ce sont les Français qui ont abattu l’avion italien, mais de par leur position, ils savent forcément ce qui s’est passé. Depuis 1980, beaucoup de choses ont changé. L’équilibre géopolitique n’est plus le même. C’est de l’histoire ancienne. Le besoin de cacher ce qui s’est passé cette nuit-là n’est plus aussi fort.

Et quand au nouveau président du conseil italien, Matteo Renzi, il a décidé d’ouvrir les archives de ces « années de plomb » italiennes.On attend toujours que la France en fasse autant…

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